Beaucoup d’auteurs écrivent comme ils parlent – et ça n’est pas toujours une réussite, je vous le concède – mais pas Arthur Nesnidal et c’est bien dommage car à trop se prendre la tête sur les tournures de phrases et à vouloir en mettre plein les mirettes c’est de son lectorat qu’il finit par se purger.

La purge d'Arthur Nesnidal (éditions Julliard)

La purge d’Arthur Nesnidal (éditions Julliard)

Ça fait bien longtemps que je ne m’étais pas agacée à ce point à la lecture d’un roman mais là on tient quelque chose d’assez exceptionnel dans le genre. Dès la première page j’ai senti qu’on partait mal et au bout d’une dizaine de pages je suis quand même allée voir un peu ce que d’autres lecteurs en avaient pensé et je n’ai pas été déçue du voyage (évidemment j’aurais gagné du temps à commencer par là). Que vous dire de ce roman à part que je n’ai jamais lu quelque chose d’aussi ampoulé, pompeux, surfait, snob et pénible à lire. C’est d’autant plus problématique que ce roman vise à pointer du doigt tout ce qu’il est : « l’élitisme à la française », « l’académisme rance »… On nous vend un premier roman d’un ancien élève d’hypokhâgne qui s’est rebellé contre cette institution. J’ai déjà vu des rebellions plus tranchées et directes que cela. Le style est tellement lourdingue qu’il parvient à masquer le propos. Mais plutôt que d’essayer de vous faire comprendre ce que j’ai ressenti à la lecture de ce livre très vite abandonné, j’ai préféré vous mettre ici les premières lignes de La purge pour que vous puissiez vous faire votre propre idée.

Parmi la multitude des enfers d’ici-bas, je vis, au commencement de ce siècle, tourner l’implacable machine de la grande industrie intellectuelle et vomir à grandes fournées ses séries de troufions de l’esprit et son lot de déchets. On nommait ces chaudrons les classes préparatoires. C’était le temps des gueux, c’était le temps des villes, le temps des miséreux qu’on ne verra jamais plus.

Et ça n’est que le premier paragraphe… Quelques lignes plus loin ça donne ça :

La pluie zébrait la grisaille de notre civilisation, martelait le macadam qui chaussait les pas de nos aînés, et les immeubles de béton s’empilaient, sans ordre ni mesure, à la marge des trottoirs qu’investissait chaque aube la foule grouillante de nos ancêtres.

Ça vous suffit ou vous voulez un petit supplément ? Allez, parce que c’est vous :

Le centre de la France hébergeait ses montagnes jetées sans précaution au flanc des Auvergnats. Le massif abritait une fière citadelle. Blanche de brouillard, noire de Volvic, les dieux l’avaient dotée de forts reliefs rocheux, volcans que les Titans prenaient pour barricades pour repousser toujours le bronze des Latins.

J’ai regardé une interview de l’auteur pour essayer de cerner un peu mieux le personnage. J’ai vite compris où était le problème quand il a expliqué qu’il adorait travailler chaque phrase de son roman : cet auteur écrit pour lui, tout simplement. Quant à moi, pauvre lectrice qui n’a pas fait hypokhâgne, j’aurais largement préféré qu’il écrive comme il parle : avec un peu plus de simplicité, de spontanéité, d’empathie pour son lecteur et d’authenticité car ça n’est pas possible de se prendre autant au sérieux quand on a 22 ans ni d’écrire de telles choses en 2018. Assurément Arthur Nesnidal s’est trompé d’époque et de sujet.


L’ESSENTIEL

Couverture de La purge d'Arthur Nesnidal

Couverture de La purge d’Arthur Nesnidal

La Purge
Arthur NESNIDAL
Editions Julliard
Sorti en GF le 16/08/2018
160 pages

Genre : pamphlet
Personnages : l’auteur et ses petits camarades de prépa ainsi que les professeurs
Plaisir de lecture : aucun
Recommandation : non
Lectures complémentaires : non

 

RÉSUMÉ DE L’ÉDITEUR

« Vous, Mademoiselle, dites-nous ce que vous en pensez, vous qui avez raté votre devoir. » Aucune forteresse ne résiste à cela. Blême, frissonnante, l’expression fissurée par la déflagration, l’estomac enfoncé, l’espérance perdue, elle se faisait violence avec un héroïsme en tous points admirable pour ne pas fondre en larmes ou sombrer sous la table.

Sans complaisance, un étudiant décrit le quotidien d’une année d’hypokhâgne, sacro-sainte filière d’excellence qui prépare au concours d’entrée à l’École normale supérieure. Face au bachotage harassant, au formatage des esprits et aux humiliations répétées de professeurs sadiques, la révolte gronde dans l’esprit du jeune homme… Féroce et virtuose, La Purge dénonce la machine à broyer les individus qu’est l’éducation élitiste à la française. Avec pour toutes armes la tendresse d’un Prévert et les fulgurances d’un Rimbaud, Arthur Nesnidal y taille en pièces l’académisme rance de ses professeurs et retourne contre l’oppresseur sa prose ciselée. Dans la plus pure tradition du roman d’apprentissage, un manifeste pour la liberté.


TOUJOURS PAS CONVAINCU ?

Ayant interrompu rapidement ma lecture, je ne serai pas en mesure de vous fournir 3 raisons de le lire. Quant à 3 raisons de ne pas le lire, je pense que ça n’est pas nécessaire d’en rajouter 😉

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