Par mauvaise expérience ou par conviction, vous ne lisez jamais d’auteurs auto-édités ? Oubliez tous vos préjugés : si Alexis Arend n’est rattaché à aucune maison d’édition ça n’est pas par absence de talent, oh que non car du talent il en a à revendre. De son roman, Alabama,  je ne changerais pas une ligne, car tout y est dosé à la perfection.

Alabama d'Alexis Arend (auto-édition)

Alabama d’Alexis Arend (auto-édition)

Un style léger, sans fioritures mais non dénué de charme pour autant. Un suspens suffisamment présent pour rendre le lecteur attentif et impatient de connaître le dénouement sans avoir besoin d’abuser de retournements de situation totalement artificiels. Des personnages bien campés, forts en caractère, bourrés de défauts ou de qualités susceptibles de créer le rejet ou l’adhésion de manière assez épidermique. Enfin et surtout, une histoire inventée de toute pièce qui nous ramène aux heures sombres de l’histoire des Etats-Unis. Il y a un devoir de mémoire derrière Alabama, tout comme il y a un devoir d’introspection derrière Mille petits riens. Enchaîner ces deux lectures est éprouvant mais oh combien important pour moi et pour vous, je l’espère.

Je suis né pauvre.
C’est là mon premier malheur.
Surtout, je suis né pauvre en Alabama.
C’est là mon deuxième malheur.
Mon père me répétait souvent qu’il n’y a rien de pire au monde, ni de plus éprouvant pour un homme, que d’être pauvre. Ensuite, il réfléchissait et s’empressait d’ajouter : « excepté le fait d’être un nègre, naturellement. »

Si vous acceptez d’ouvrir Alabama, vous allez faire la connaissance de Will, un étudiant américain convié à se rendre aux obsèques d’un homme dont il ne connaît que le nom puisqu’il s’agit du célèbre écrivain Trent P. Chestwood. Il lui faudra attendre la fin des funérailles pour approcher les enfants de Chestwood et comprendre enfin la raison pour laquelle ils l’ont fait venir. Avant sa mort, Chestwood a rédigé un manuscrit qui revient à Will et renferme tout un passé ignoré du jeune homme. Qu’est-ce qui le relie au défunt ? Que s’est-il passé en Alabama dans les années 60 qui puisse encore hanter un homme sur son lit de mort des décennies plus tard ? Cette plongée dans l’histoire des Etats-Unis va vous remuer assurément, d’autant plus si vous avez vu ces derniers jours les images du Capitole pris d’assaut par des hommes agitant le drapeau confédéré. Il y a des choses que l’on n’aimerait ne plus voir qu’écrites dans des livres…

Je ne vais pas vous en dévoiler plus sur l’histoire, Alexis vous la racontera de toute façon tellement mieux que moi mais lisez-la. Lisez Alabama. Vous découvrirez alors qu’il n’est pas nécessaire d’accoler son nom à celui d’une grande maison d’édition pour offrir un roman de très grande qualité qui touche, questionne, bouleverse et donne envie une fois de plus de se battre pour ses convictions.

Quant à moi, je continue d’être ébranlée par mes lectures puisque je suis toujours aux Etats-Unis, en compagnie cette fois des fous de Dieu qui livrent une bataille sans merci contre l’avortement. Je vous reparle très prochainement d’Un livre des martyrs américains de Joyce Carol Oates, que je lis en parallèle d’autres romans moins pénibles à supporter. La folie des hommes oui, mais à petite dose…


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L’ESSENTIEL

Couverture d'Alabama d'Alexis Arend

Couverture d’Alabama d’Alexis Arend

Alabama
Alexis AREND
Auto-édition
Sorti le 19/08/2020
317 pages

 

Genre : roman contemporain
Personnages : Will, Trent, Alabama
Plaisir de lecture : ❤❤❤❤❤
Recommandation : oui
Lectures complémentaires : Mille petits riens de Jodi Picoult, Alabama 1963 de Ludovic Manchette et Christian Niemiec, Beloved de Toni Morrison

RÉSUMÉ DE L’AUTEUR

« Que Dieu me pardonne, je détestais l’Alabama. Je le haïssais !
L’Alabama était le pays où toute la misère du monde avait choisi d’élire domicile. C’était le pays où se donnaient rendez-vous toutes les haines, toutes les iniquités, toutes les bassesses humaines. Aucune région du globe ne mettait un tel point d’honneur à annihiler la vie d’un homme, à le rabaisser, à lui faire courber l’échine jusqu’à le contraindre à ramper à terre, éreinté, vaincu.
Et, pour tous ceux dont le malheur était de ne pas avoir la peau claire, l’Alabama était tout cela aussi, en pire. Pour eux, il déployait tout son ignoble talent, il déchaînait toute sa noirceur contenue, toute sa dureté réfrénée. Oh oui ! Pour eux, l’Alabama se surpassait.

« Il n’y a rien de pire au monde, ni de plus éprouvant pour un homme, que d’être pauvre. Excepté le fait d’être un nègre, naturellement » , disait mon père.

Ô combien il avait raison ! »


TOUJOURS PAS CONVAINCU ?

3 raisons de lire Alabama

  1. Pour constater par vous-même qu’un roman auto-édité peut être parfaitement abouti
  2. Parce qu’il mêle fiction et histoire des Etats-Unis dans un roman poignant qui vous prendra à la gorge
  3. Parce qu’on ne peut être indifférent face à une telle histoire

3 raisons de ne pas lire Alabama

  1. Si vous cherchez un vrai roman historique, très détaillé sur la lutte contre la ségrégation raciale aux Etats-Unis (celui-ci risque de vous laisser un peu sur votre fin)
  2. En dehors de ce point, j’ai du mal à imaginer pour quelles raisons il ne pourrait pas vous plaire. C’est dire…

 

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