Acheté à sa sortie, j’ai conservé Cette nuit-là bien au chaud dans ma bibliothèque jusqu’à l’instant parfait pour le lire : un nouveau séjour en Crète. C’est en sillonnant les routes menant d’Heraklion à Fodele puis de ce petit bout de plage jusqu’à la sublime La Canée que j’ai renoué avec les familles Petrakis et Vandoulakis.  J’ai pris cette suite de L’île des oubliés pour ce qu’elle ait : un cadeau que nous fait Victoria Hislop.

Cette nuit-là de Victoria Hislop (éditions Les escales)

Cette nuit-là de Victoria Hislop (éditions Les escales)

Parfois la vie envoie des signes qu’il faut savoir saisir comme le relate Victoria Hislop dans la postface de Cette nuit-là. En quelques lignes elle revient sur cette découverte qui a changé sa vie en 2001. Alors en vacances en Crète avec sa famille, elle écume les sites touristiques de la région, ce qui l’amène à visiter un peu par hasard Spinalonga. L’île est alors en cours de restauration et Victoria ignore tout de son histoire au moment où elle embarque sur le petit bateau chargé d’y déposer les touristes pour une heure de contemplation de ce village de lépreux, déserté et en ruines.

Au moment de traverser le tunnel qui mène du débarcadère au village, une émotion indescriptible l’envahit. L’émotion dont il est question je la connais pour l’avoir ressentie l’an dernier lorsqu’à mon tour j’ai visité Spinalonga. Elle est difficile à décrire mais elle saisit la plupart des visiteurs lors de cette fameuse traversée.

La jeune Anglaise ne s’est pas contentée de s’intéresser au lieu, le temps d’une visite touristique. Elle a ressenti une pulsion et une certitude : elle devait écrire une histoire sur cette île, en faire son premier roman. Il lui a fallu quelques visites en Crète et à Spinalonga pour s’imprégner de la culture crétoise et de ses subtilités et pas mal de recherches sur la lèpre et sur l’histoire de cette léproserie à ciel ouvert avant de parvenir à écrire son roman.

Aujourd’hui elle est sans aucun doute la plus grecque des Anglaises et a même obtenue la nationalité grâce à son incroyable apport à la culture de l’île et au développement touristique de Spinalonga et des alentours. L’histoire de Victoria Hislop est presque aussi incroyable que celle de ses personnages, les Petrakis. Son parcours contient une part de magie que l’on retrouve dans son roman. Ce genre de roman que l’on quitte, le coeur lourd à l’idée de ne plus avoir l’occasion de côtoyer ses personnages. 

Ce sont des gens honnêtes. Respectables. Des gens qui ont des valeurs. Et qui, par conséquent, ont une conviction chevillée au corps : ces vertus qu’ils incarnent doivent être protégées à tout prix ! Or, l’une de ces vertus surpasse toutes les autres. Le philotimo.
Il répéta ce mot que toute l’assemblée connaissait si bien, lui imprimant encore plus d’emphase cette fois.
– Philotimo ! L’honneur !

Heureusement, l’auteure vient de nous gratifier d’une suite qui est un véritable enchantement. Pas tant par l’histoire qu’elle nous raconte car il s’agit au fond plus d’une réécriture de la fin de son premier roman pour y apporter de la consistance et des détails, qu’une réelle suite. C’est assez étonnant sur le coup car Cette nuit-là démarre par des scènes que le lecteur connaît déjà mais à bien y réfléchir il lui était impossible de faire autrement dans la mesure où L’île des oubliés offrait une fin fermée qui ne prêtait pas à interprétation. Passé l’étonnement, j’ai lu cette suite comme une histoire de famille que l’on connait dans les grandes lignes mais qu’un aïeul décide un jour de nous narrer dans les moindres détails pour nous livrer tous ses secrets. Et c’est ainsi que j’ai pu retrouver Anna et Maria Petrakis ainsi que la famille Vandoulakis à laquelle leur sort est étroitement lié.

Les traits de personnalité de chaque personnage se sont affinés, les choix faits par les uns et les autres ont été expliqués, leur destin s’est à nouveau joué sous mes yeux. J’ai découvert beaucoup de choses, j’ai revu ma position sur certains membres de ces familles, j’ai compris ou au contraire blâmé certaines décisions : j’ai revécu pendant un fugace instant dans cette famille alors même que je foulais leurs terres.

Je n’en dirai rien de plus sur l’histoire pour ne pas spoiler les lecteurs qui n’auraient pas encore découvert L’île des oubliés mais je peux indiquer à ceux qui seraient intéressés par ce second volume qu’il faut l’apprécier pour ce qu’il a à offrir : plus de temps avec des personnages qui nous ont cruellement manqué, une nouvelle plongée dans l’ambiance crétoise des années 50 et 60, un magnifique plaidoyer pour cette Crète que je vous encourage de tout mon coeur à découvrir.

Pour la deuxième année consécutive j’ai passé mes vacances en Crète, en compagnie d’un livre de Victoria Hislop (l’année dernière j’avais lu son touchant recueil de nouvelles : Une nuit en Crète dont vous trouverez également mon avis ici) et j’ai eu le sentiment de bénéficier des conseils de la meilleure guide touristique qui soit. Grâce à elle qui aime plus que tout cette île et ses habitants, j’ai eu l’impression de bénéficier d’un sens supplémentaire à mettre en éveil pour profiter de tous les charmes de la vie crétoise.

La voiture de notre copain Sophlokis à Fodele

La voiture de notre copain Sophlokis à Fodele

Rarement dans ma vie de lectrice, un livre aura eu une telle répercussion dans mon existence : la Crète et moi c’est une histoire d’amour faite pour durer, grâce entre autres à Victoria Hislop qui m’aura donné l’envie d’aller à sa rencontre en passant de taverne en kafenion, en m’arrêtant à l’ombre d’un olivier pour lire quelques pages, en partageant un raki avec de drôles de personnages rencontrés par hasard (mention spéciale pour notre copain de l’année rencontré à Fodele : Sophoklis, un Grec installé au Canada, soit-disant cousin germain de Justin Trudeau et soutien inconditionnel du premier ministre canadien jusqu’à recouvrir son pick-up de photos de l’homme politique et de drapeaux grec et canadien. Avouez qu’il fallait le trouver…), en gratifiant d’un sourire tous ces Crétois anonymes que j’ai pu croiser et qui nous ont accueillis si chaleureusement. Me voilà déjà nostalgique de tout cela. Victoria, à quand la suite, de la suite de L’île des oubliés ?


L’ESSENTIEL

Couverture de Cette nuit-là de Victoria Hislop

Couverture de Cette nuit-là de Victoria Hislop

Cette nuit-là
Victoria HISLOP
Editions Les escales 
Sorti le 06/05/2021
304 pages

Genre : saga familiale
Plaisir de lecture : ❤❤❤❤❤
Personnages : Anna et Maria Petrakis, Andreas et Manolis Vandoulakis, Sofia
Recommandation : oui
Lectures complémentaires :  L’île des oubliés le premier tome, et les autres romans de l’auteure (Une dernière danse, Le fil des souvenirs, La ville orpheline, Ceux qu’on aime, Cartes postales de Grèce, Une nuit en Crète)

RÉSUMÉ DE L’ÉDITEUR

Près de dix ans après la publication de L’Île des oubliés, Victoria Hislop redonne vie aux personnages qui ont ému plus d’un demi-million de lecteurs français.

Le 25 août 1957, la colonie de lépreux de l’île de Spinalonga ferme ses portes. Maria retourne à Plaka, en Crète, avec son mari, le docteur Kyritsis. Mais alors que la soirée de célébration pour fêter leur retour bat son plein, sa sœur Anna est assassinée par Andreas, son mari, lorsqu’il découvre qu’elle a pour amant son cousin Manolis.

Ce drame aura des effets dévastateurs pour toute la communauté de Plaka. Manolis quitte la Crète pour la Grèce ; loin de son île, il s’efforce de se reconstruire. Andreas tente d’expier son crime en prison. Maria, quant à elle, choisit le chemin du pardon en rendant visite à Andreas.

C’est ce drame qui révélera finalement Manolis, Maria et Andreas à eux-mêmes.


TOUJOURS PAS CONVAINCU ?

3 raisons de lire Cette nuit-là

  1. Parce que c’est un réel plaisir de retrouver les personnages de L’île des oubliés
  2. Parce que la magie de Victoria Hislop fonctionne toujours
  3. Parce que l’on voyage et l’on s’évade grâce à ses romans

3 raisons de ne pas lire Cette nuit-là

  1. Si vous n’avez pas été sensible au premier tome, inutile de poursuivre, vous n’y trouverez pas votre compte
  2. Certains pourraient trouver cette suite inutile puisqu’elle revient sur des pans du roman précédent
  3. Dans la même veine, ce roman peut sembler fade au regard de la puissance romanesque du précédent
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