Savoir ou ne pas savoir ? Quel est le pire ? Quand l’innommable s’abat sur vos proches ? Quand vous vous découvrez impuissant à les secourir ? Quand l’imagination n’arrive même pas au chevet de la réalité ?

Le Guetto intérieur de Santiago H. Amigorena (éditions POL)

Le Ghetto intérieur de Santiago H. Amigorena (éditions POL)

Comment ne pas devenir fou quand vous apprenez qu’à 12 000 km de là, des hommes, des femmes et des enfants sont affamés, massacrés, anéantis simplement parce qu’ils sont nés juifs, comme vous ? Comment tenir encore debout quand vous découvrez que parmi eux figurent votre mère, votre frère et votre belle-sœur ?

Comment parvenir à avaler encore une bouchée du rôti concocté par belle-maman quand votre propre mère n’a même pas de quoi rassembler 200 calories par jour pour survivre ?

Comment ne pas s’en vouloir d’être parti un beau jour, il y a des années de ça ? Comment ne pas culpabiliser d’avoir un jour pris une décision qui a sauvé votre peau en laissant vos proches sur le carreau ?

Comment ne pas faire peser cette peine incommensurable sur ceux qui vous entourent et vous aiment ? Sur votre femme et vos enfants qui payent à leur manière aussi un lourd tribut à cette guerre qui ne les concerne pas directement.

A partir du jour où Vicente, émigré polonais installé à Buenos Aires depuis des années, comprend ce que sa mère est en train de vivre à Varsovie, sa vie a perdu tout son sens. Au lieu de crier sa haine et sa rage, il se plonge dans un profond mutisme pour éviter d’embarquer d’autres victimes dans son drame intérieur. Il fuit comme il peut les pensées qui le ramènent à sa mère. Il ne veut pas savoir, ne veut rien entendre, ne rien voir. Il lui est impossible de verbaliser ce qu’il ne parvient même pas vraiment à concevoir.

Il avait été un homme comme tant d’autres hommes… et soudain sans que rien ne change dans sa vie de tous les jours, tout avait changé. Il était devenu un fugitif, un traître. Un lâche. Il était devenu celui qui n’était pas là où il aurait dû être, celui qui avait fui, celui qui vivait alors que les siens mourraient. Et à partir de ce moment-là, il a préféré vivre comme un fantôme, silencieux et solitaire

Vicente Rosenberg est le grand-père de l’auteur. Ni déporté, ni gazé, Vicente n’entre pas dans la comptabilité des victimes de la Shoah. Il ne fait pas partie de ces 6 millions de juifs victimes de ce génocide, de cet Holocauste ou n’importe quel autre mot sordide pour qualifier l’inqualifiable. Vicente n’est pas une victime, il a même plutôt eu une chance inouïe d’y échapper. Mais en son for intérieur, il était là parmi les siens. Il a souffert lui aussi. Il a vécu lui aussi dans ce ghetto, fusse-t-il seulement intérieur…

Ce roman absolument bouleversant a été sélectionné par le jury d’octobre du Grand prix des lectrices Elle 2020. Je remercie du fond du cœur mes camarades de jury de nous avoir donné l’occasion de lire ce texte inoubliable.


L’ESSENTIEL

Couverture Le Guetto intérieur de Santiago Amigorena

Couverture Le Ghetto intérieur de Santiago Amigorena

Le Ghetto intérieur
Santiago H. Amigorena
Editions P.O.L
Sorti le 22/08/2019
192 pages

 

Genre : récit biographique
Personnages : Vicente Rosenberg, sa femme Rosita, sa mère
Plaisir de lecture : ❤❤❤❤
Recommandation : oui
Lectures complémentaires : Mur méditerranée de Louis-Philippe Dalembert, A crier dans les ruines d’Alexandra Koszelyk, L’empreinte d’Alexandria Marzano-Lesnevch

 

RÉSUMÉ DE L’ÉDITEUR

Vicente Rosenberg est arrivé en Argentine en 1928. Il a rencontré Rosita Szapire cinq ans plus tard. Vicente et Rosita se sont aimés et ils ont eu trois enfants. Mais lorsque Vicente a su que sa mère allait mourir dans le ghetto de Varsovie, il a décidé de se taire. Ce roman raconte l’histoire de ce silence – qui est devenu le mien.


TOUJOURS PAS CONVAINCU ?

3 raisons de lire Le Ghetto intérieur

  1. Parce qu’on ne parle que trop rarement des victimes collatérales de la Shoah
  2. Parce que le devoir de mémoire reste intact
  3. Parce qu’on ne peut qu’être sensible à ce déchirement

3 raisons de ne pas lire Le Ghetto intérieur

  1. Parce que c’est un roman pudique qui compte sur l’empathie du lecteur pour ressentir sans tout expliquer
  2. Parce que Vicente peut être difficile à cerner
  3. Parce que le rythme est plutôt lent
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