L’empreinte est un titre bien choisi pour un récit qui laisse une empreinte indélébile. Sa lecture m’a ébranlée. Le courage et la détermination de son auteure également.

L'empreinte d'Alexandria Marzano-Lesnevich (éditions Sonatine, 2019)

L’empreinte d’Alexandria Marzano-Lesnevich (éditions Sonatine, 2019)

Alexandria Marzano-Lesnevich a réussi à faire vaciller mes convictions les plus profondes. Comme elle, je suis une farouche opposante de la peine de mort. Mais à la différence d’elle, je n’ai jamais eu à mettre mes convictions à l’épreuve de mon vécu. Lorsqu’elle découvre les crimes dont s’est rendu coupable Ricky, pour la première fois de sa vie, celle qui était prête à défendre des condamnés à mort, en tant qu’avocate, se retrouve à souhaiter l’exécution d’un homme par la justice des hommes. Alexandria aurait pu être l’une des victimes de Ricky. Elle connait que trop bien les atrocités qu’il a pu commettre. Dès lors, il n’est pas étonnant qu’elle ressente ce besoin viscéral de vengeance.

Je suis venue ici pour aider à sauver l’homme à l’écran. Je suis venue pour contribuer à sauver des hommes tels que lui. Je suis venue parce que mes idéaux et mon identité existent indépendamment de ce qui s’est produit dans le passé. Il le faut. Sinon, que me réserve la vie ? Mais je regarde l’homme à l’écran […] Malgré la formation que j’ai suivie, malgré le but que je poursuivais en venant travailler ici, malgré mes convictions. Je veux que Ricky meure.

Son récit aurait pu s’arrêter là et personne ne l’en aurait blâmée. Il aurait été tellement facile, tellement normal et tellement humain de céder à ses pulsions de colère et de haine. Mais ça n’est pas le chemin qu’elle souhaite suivre. Elle préfère s’interroger sur ce qui l’ébranle à ce point, sur sa propre histoire, ses propres traumatismes et au fur et à mesure qu’elle se découvre elle, elle va chercher à en savoir plus sur Ricky. Comme si dans son histoire à lui, elle parvenait à mieux comprendre ce qu’elle avait vécu elle. Comme si en interrogeant son passé à elle, elle parvenait à mieux comprendre ce qui l’a mené lui jusque dans le couloir de la mort. En lui, ce sont ses propres démons qu’elle voit et qu’elle doit affronter.

Avec L’empreinte, Alexandria se livre sans fards et offre son introspection aux lecteurs afin de nourrir une réflexion toujours aussi nécessaire sur la peine de mort et sur la réponse qu’elle apporte à un crime ; sur le besoin de reconnaissance et de réparation des victimes et en définitive sur leur capacité de résilience. Et finalement, derrière le souhait premier de vengeance qui peut paraître de prime abord réconfortant pour une victime, se cache une réalité bien plus amère mais qui, une fois acceptée, lui permettra d’avancer : ceux qui vous ont détruit ne sont pas ceux qui parviendront à vous réparer. Pas plus morts que vivants…


L’ESSENTIEL

Couverture de L'empreinte d'Alexandria Marzano-Lesnevich

Couverture de L’empreinte d’Alexandria Marzano-Lesnevich

L’empreinte
Alexandria MARZANO-LESNEVICH
Editions Sonatine
Sorti le 10/01/2019
480 pages

Genre : récit, témoignage
Personnages : l’auteure, Ricky Langley (condamné à mort)
Plaisir de lecture : ❤❤❤❤❤
Recommandation : mille fois oui
Lectures complémentaires : De sang-froid de Truman Capote, Le dernier jour d’un condamné de Victor Hugo, Un fils parfait de Mathieu Menegaux

 

RÉSUMÉ DE L’ÉDITEUR

Etudiante en droit à Harvard, Alexandria Marzano-Lesnevich est une farouche opposante à la peine de mort. Jusqu’au jour où son chemin croise celui d’un tueur emprisonné en Louisiane, Rick Langley, dont la confession l’épouvante et ébranle toutes ses convictions. Pour elle, cela ne fait aucun doute : cet homme doit être exécuté. Bouleversée par cette réaction viscérale, Alexandria ne va pas tarder à prendre conscience de son origine en découvrant un lien entre son passé, un secret de famille et cette terrible affaire qui réveille en elle des sentiments enfouis. Elle n’aura alors cesse d’enquêter inlassablement sur les raisons profondes qui ont conduit Langley à commettre ce crime épouvantable.

Dans la lignée de séries documentaires comme Making a Murderer, ce récit au croisement du thriller, de l’autobiographie et du journalisme d’investigation, montre clairement combien la loi est quelque chose d’éminemment subjectif, la vérité étant toujours plus complexe et dérangeante que ce que l’on imagine. Aussi troublant que déchirant.


TOUJOURS PAS CONVAINCU ?

3 raisons de lire L’empreinte

  1. Si vous aimez les récits douloureux mais oh combien enrichissants
  2. Si la question de la peine de mort est un sujet qui vous tient à cœur
  3. Si vous aimez les plumes justes, délicates et sensibles

3 raisons de ne pas lire L’empreinte

  1. Si vous êtes un adepte du manichéisme
  2. Si vous n’aimez que la fiction
  3. Si la pédophilie et les meurtres d’enfants sont des thèmes trop durs pour vous
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