Le nombril de Solveig vous embarque dans une histoire d’amour teintée de mystères où plane une certaine forme de mélancolie derrière une promesse d’éternité. La seule certitude à laquelle se raccrocher dans ce roman repose sur l’amour fou de Standor pour Solveig.

Le nombril de Solveig d'Olivier Sorin (éditions des Lacs)

Le nombril de Solveig d’Olivier Sorin (éditions des Lacs)

Dès l’instant où Standor a croisé la route de la jeune femme et de son nombril au rayon conserves du supermarché il a su que c’était elle et que ça serait toujours elle. Elle pour qui il se lèverait chaque matin, elle à qui il vouerait sa vie. Mais Solveig va rendre cet amour déchirant et cruel en apparaissant à chaque début d’automne pour mieux se volatiliser à l’arrivée de l’hiver. Comment construire un amour et une vie avec une ombre, un fantôme, une apparition ? N’importe qui y renoncerait. N’importe qui mais pas Standor qui guettera pendant plus de vingt ans les signes annonciateurs du retour de sa belle.

Voici une histoire pleine de poésie et de douceur saupoudrée d’un brin de fantaisie qui ravira tous ceux en recherche de livres refuges en cette période difficile. Olivier Sorin propose, avec une grande sensibilité, une histoire d’amour idéalisé et non dénué d’humour. C’est rafraîchissant, c’est original et plutôt bien amené. Je pense qu’il y a là matière à coup de cœur pour bon nombre de lecteurs.

Les bonheurs familiaux n’existaient pas sans les albums photographiques. Ils étaient les preuves matérielles que les jours heureux n’étaient pas fantasmés, que les partages chanceux et les tranches de vie méritaient d’être exhibés aux autres. Une photographie était une clef qui ouvrait l’intimité d’un passé que l’on souhaitait figer pour les générations à venir, comme le témoignage précieux et vaniteux de ce qui existait avant.

Je ne suis hélas pas de ceux-là car il m’a manqué un peu de variation de rythme et de vie dans ce récit. J’aurais aimé plus de dialogues, plus de scènes de vie et moins de contemplation. Plus de simplicité aussi dans le style. D’un côté, il faut saluer la fluidité du récit avec cet enchaînement de phrases sans heurts, ça glisse comme sur du velour. Mais de l’autre, il y a des passages qui laissent penser à une surenchère stylistique avec un usage de synonymes compliqués pour évoquer des choses simples comme si l’auteur voulait tout miser sur la richesse et la diversité des mots employés. Or, une écriture peut être superbe sans avoir besoin de recourir à des artifices de la sorte. D’ailleurs, j’ai eu l’impression qu’au fil des pages l’auteur limitait son recours à des mots comptent triple et revenait à un peu plus de simplicité et d’authenticité pour mon plus grand plaisir. Reste que je n’ai pas résisté à l’envie de sauter quelques chapitres intermédiaires pour arriver plus vite au dénouement et comprendre enfin les raisons qui pouvaient pousser Solveig à réapparaître pour mieux disparaître à nouveau. Je suis de nature impatiente et le milieu du roman ne m’a pas semblé absolument indispensable ou tout du moins je n’ai pas eu l’impression de manquer quelque chose en m’offrant un raccourci, peut-être ai-je eu tort mais toujours est-il que j’ai ainsi pu finir ce livre avec plaisir au lieu de m’agacer dessus comme je l’aurais fait si j’avais dû tout lire consciencieusement.

Pour le premier roman d’une toute nouvelle maison d’édition, il y a du niveau ! On sent que l’on a affaire à des personnes qui aiment la langue, la chérissent plus que tout et ont envie de partager leur sensibilité avec leurs lecteurs. Auteur comme éditrice sont d’une gentillesse rare et méritent le plus beau des accueils de la part des lecteurs maintenant qu’il est à nouveau possible de pousser la porte d’une librairie…


L’ESSENTIEL

Couverture de Le nombril de Solveig d'Olivier Sorin

Couverture de Le nombril de Solveig d’Olivier Sorin

Le nombril de Solveig
Olivier SORIN
Editions des Lacs
Sorti le 25/02/2020
340 pages 

Genre : roman contemporain
Plaisir de lecture : ❤❤❤
Personnages : Standor, Solveig et Sixtine
Recommandation : oui
Lectures complémentaires : Le dormant d’Ephèse de Xavier Accart, A crier dans les ruines d’Alexandra Koszelyck

RÉSUMÉ DE L’ÉDITEUR

Standor a rencontré Solveig mais elle le quitte au seuil de chaque hiver puis lui donne la clef lui permettant de la retrouver à l’aurore de chaque automne. Quel est le secret de cette femme qui la pousse à fuir un bonheur parfait et à laisser cet homme en proie au vertige de l’abandon et de la solitude sans jamais lui avouer la blessure qui la ronge ? Ce roman décrit la relation pendant deux décennies entre Standor et Solveig, femme pointillant la vie du photographe amoureux d’un fantôme qu’il ne parvient pas à fixer dans sa vie. Standor Moire va tout au long de cette histoire tenter de retenir celle qui disparaissait et réapparaissait au gré de ses automnes. Le récit narre la fuite de cette femme, de ses retours grâce aux pellicules photographiques de Standor et de l’enquête de l’homme pour comprendre comment le nombril de sa promise n’avait pas d’autre alternative que de se donner rendez-vous sur ces vieux films argentiques.


TOUJOURS PAS CONVAINCU ?

3 raisons de lire Le nombril de Solveig

  1. Pour l’ambiance poétique de ce roman
  2. Pour le pauvre Standor qui passe sa vie à espérer le retour de sa belle
  3. Pour le mystère qui plane autour de la disparition de Solveig

3 raisons de ne pas lire Le nombril de Solveig

  1. Parce que le style est parfois un peu ampoulé
  2. Parce qu’une fois que l’on a compris le cycle des retrouvailles et des départs, le milieu du roman peut paraître un peu poussif
  3. Parce que ça manque un peu de vie
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