C’est avec Le roman des Goscinny que se terminent mes lectures pour la sélection du jury de novembre du Grand prix des lectrices Elle 2020. Ce livre fait un peu figure d’Ovni dans cette sélection puisqu’il s’agit d’une biographie sous forme de roman graphique – ou BD si vous préférez -. Une forme étonnante mais tellement bien choisie pour parler d’un homme qui a voué sa vie à divertir son prochain par le neuvième art.

Le roman des Goscinny de Catel (éditions Grasset)

Le roman des Goscinny de Catel (éditions Grasset)

Sorti trop tôt de la vie de sa fille Anne, René Goscinny a laissé dans son cœur et sa mémoire le souvenir d’un homme bon, drôle, sociable, persévérant et talentueux. Un père disparu brutalement mais qui continue d’être présent par le biais de ses personnages immortels, eux. De cet amour doublé d’une admiration sans bornes, Anne a voulu faire quelque chose de beau et de grand, à l’image de son père. Avec la complicité de la dessinatrice Catel, elle est parvenue à lui rendre le plus bel hommage qui puisse être : sa vie racontée en bande dessinée. Ensemble, elles ont retracé l’itinéraire hors du commun de ce scénariste de génie, juif polonais né en France avant d’immigrer avec sa famille en Argentine.

 

Quand on est la fille de Mozart, on ne se lance pas dans l’opéra… Au jeu de la comparaison, on est toujours perdant.

Après une enfance protégée par l’amour et la bienveillance de ses parents et les milliers de kilomètres qui le séparent de l’Europe alors en pleine guerre, le jeune René se prend à rêver son destin en grand. Depuis toujours il dessine, caricature, griffonne, illustre autant qu’il écrit, légende et annote. Toujours un crayon et un bloc de papier à la main, toujours l’envie suprême de faire rire. Il se nourrit du travail des autres, jamais jaloux, toujours admiratif. Parmi ses personnages fétiches qui marqueront sa carrière, les célèbres Laurel et Hardy, sortes de grands-frères inspirants d’Astérix et Obélix. Parti de Buenos Aires, passé par New York avant de s’installer définitivement en France, René redouble de ténacité pour percer dans ce milieu des plus précaires. Anne ne nous cache rien de son ascension difficile, ballotté de rédaction en rédaction, travaillant nuit et jour avec fougue et enthousiasme, mal payé autant que peu considéré par des patrons de presse qui exploitent allègrement les auteurs. Qu’importe, René ne renoncera jamais à faire de la bande dessinée son métier et tant pis pour sa mère qui se lamente en attendant qu’il se trouve un vrai métier. De son propre aveu, Goscinny est un piètre dessinateur – enfin ça c’est lui qui le dit car ses croquis reproduits comme documents d’archive dans cet ouvrage témoignent tout de même d’un certain talent en la matière -, il laissera finalement à d’autres le soin d’illustrer ses idées. Et c’est ainsi que René s’associera aux plus grands (Morris, Sempé, Uderzo…) pour donner corps à des personnages de légende (Lucky Luke, Le Petit Nicolas, Astérix et Obélix…). De collaborations professionnelles en amitiés sincères, Goscinny se hissera au sommet. Une vie de rêve qui s’achèvera bien trop tôt.

Le roman des Goscinny n’est pas que l’histoire de René, même si son parcours aurait à lui seul de quoi remplir plusieurs tomes. Il relate aussi l’histoire de cette fille élevée dans l’ombre puis le souvenir d’un père hors du commun avant de se retrouver bien trop tôt garante de sa mémoire, gardienne de son temple. C’est certainement la magie de Catel que de parvenir à rendre hommage à une légende en levant le voile sur sa plus belle réussite : sa fille.

Le roman des Goscinny fait partie de la sélection du jury de novembre du Grand Prix des lectrices Elle 2020, catégorie Document. 


L’ESSENTIEL

Couverture du Roman des Goscinny de Catel

Couverture du Roman des Goscinny de Catel

Le roman des Goscinny
CATEL
Editions Grasset
Sorti le 28/08/2019 en GF 
344 pages 


Genre : roman graphique, bande dessinée
Personnages : René Goscinny, sa fille Anne et la dessinatrice Catel
Plaisir de lecture : ❤❤❤❤❤
Recommandation : oui
Lectures complémentaires : toute l’oeuvre de Goscinny évidemment, les romans graphiques de Catel (Olympe de Gouges, Kiki de Montparnasse, Ainsi soit Benoîte Groult, Joséphine Baker), les 4 tomes du Monde de Lucrèce d’Anne Goscinny et Catel et les romans d’Anne Goscinny (Le bruit des clefs, Sous tes baisers, le père éternel, Le bureau des solitudes)

 

RÉSUMÉ DE L’ÉDITEUR

Raconter René Goscinny en bande dessinée. Et lui donner la parole, au fond, pour la première fois. Tel est le projet de cet  album exceptionnel. Un événement artistique. Et un livre de tendre amitié.

Catel, célèbre dessinatrice, travaille depuis quatre ans, avec l’appui et l’amitié d’Anne Goscinny, à ce «  Roman des Goscinny  » – un roman graphique où tout est vrai. 320 pages magnifiques, en  trichromie, où Catel nous raconte la vie de René Goscinny. Sa  naissance, dans le Paris des années 20, au cœur d’une famille juive, exilée de Pologne et d’Ukraine. Son père, chimiste, fils de rabbin. Sa mère, née en Ukraine, ayant fuit les progroms. Son grand-père, imprimeur de journaux yiddish. Son grand-frère moqueur, Claude. L’enfance en Argentine, bientôt. Et les passions de René  : le dessin, le rire,  puis  l’écriture.

Catel nous emmène dans un voyage familial marqué par l’histoire,  entre l’Amérique et l’Europe. Tandis que le jeune René cherche sa voie,  lui le «  paresseux contrarié  », une partie de la famille meurt dans les camps d’extermination. René part à New York, frappe à toutes les portes, dessine et vit dans la pauvreté avec sa mère. A Bruxelles puis à Paris, il trouvera peu à peu sa vocation  : non pas dessiner, mais écrire, scénario, sketchs, histoires. Goscinny crée, avec Uderzo, le personnage d’Astérix, qui devient très vite célèbre dans le monde entier  ; mais aussi   le Petit Nicolas  avec Sempé. Et il est le grand scénariste de Lucky Luke et de Iznogoud.
C’est aux portes du «  célèbre village gaulois  » que s’arrête le premier tome du «  Roman des Goscinny  »  : alternant avec force et tendresse des épisodes de la vie de «  René  »  ; et ceux racontés par sa fille Anne  à son amie – donnant une vérité, une drôlerie et une émotion à ce projet fondateur.


TOUJOURS PAS CONVAINCU ?

3 raisons de lire Le roman des Goscinny

  1. Si vous êtes féru de bande dessinée
  2. Si vous aimez le travail de Catel
  3. Si vous êtes curieux de découvrir le parcours d’un homme qui a fait rire des générations de lecteurs

3 raisons de ne pas lire Le roman des Goscinny

Je ne vois aucune raison valable de ne pas le lire : que vous aimiez ou non la BD, que vous plus fiction que biographie, ce livre ne peut que vous toucher.

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