Paru dans une revue littéraire américaine en 1903, cet essai dénonce, selon l’éditeur « l’obligation sociale de la lecture, nuisible à la littérature et fatale à l’écrivain ». Ma compréhension de ce texte en est légèrement différente…

Le vice de la lecture par Edith Wharton (Editions du sonneur)

Le vice de la lecture par Edith Wharton (Editions du sonneur)

Vous lisez plus vite que votre ombre mais manquez toujours de temps pour lire ?

Vous êtes à l’affût des dernières parutions et du livre qu’il faut absolument avoir lu ?

Vous êtes friand des résumés figurant en 4e de couverture et êtes vite perdu sans votre fidèle marque-page ?

Vous prenez grand soin de classer vos lectures, de les répertorier voire de les comptabiliser ?

Vous avez même l’audace de publier des avis sur vos déceptions et vos coups de cœur ?

Alors vous faites comme moi partie des lecteurs mécaniques : la bête noire d’Edith Wharton.

C’est une partie du devoir du lecteur mécanique que de se prononcer sur chaque livre qu’il lit, ce qui le conduit parfois à d’étrangers décalages dans le consciencieux exercice de la tâche. Il est dans sa nature de se méfier et de ne pas aimer tout livre qu’il ne comprend pas.

Dans un très court essai publié en 1903 dans une revue littéraire américaine, l’auteure fustige les lecteurs mécaniques qui nuisent à la littérature en créant un marché du médiocre. Car qui dit lecteurs mécaniques dit forcément auteurs mécaniques pour satisfaire cette demande et critiques mécaniques pour l’entretenir. Pour Edith Wharton on n’apprend pas à lire, on naît lecteur et celui qui ne serait pas bien né ne devrait prétendre accéder à la littérature. Tout le monde n’a pas la capacité de comprendre et apprécier un texte difficile. Bien lire est un art et être un vrai lecteur, un don.

Un lecteur qui s’avoue grand dévoreur de fiction futile cause peu de dommages. Celui qui se précipite sur « le livre du moment » ne nuit pas gravement au développement de la littérature. […] c’est seulement lorsque le lecteur mécanique s’égare hors de son pré carré qu’il devient un danger.

Finalement ça n’est pas tant que le lecteur mécanique se perde dans des plaisirs faciles de livres conçus pour satisfaire ses envies qui gêne l’auteure mais bien plus le fait qu’il veuille à un moment accéder à la vraie littérature. Celle qu’il ne peut évidemment pas comprendre, pauvre sot qu’il est. Mais celle qu’il ose discuter voire critiquer, pensez donc ! En agissant de la sorte, le lecteur mécanique nuit au vrai auteur qui a fait le choix de s’éloigner des sentiers balisés de la fiction facile.

C’est lorsque le lecteur mécanique, armé de la haute idée de son devoir, envahit le domaine des lettres – discussions, critiques, condamnations ou, pire encore, éloges – que le vice de la lecture devient une menace pour la littérature.

En une trentaine de pages, Edith Wharton a réussi à la fois à me décevoir par sa vision étriquée de la littérature et des lecteurs et à m’impressionner par la modernité de son analyse. Il y a plus d’un siècle de cela, elle redoutait ce qui se passe aujourd’hui avec les blogs littéraires et bookstagram. Si je n’avais pas su qui avait écrit Le vice de la lecture ni à quel moment ce texte avait été publié, j’aurais été persuadée de lire un énième pamphlet d’un critique littéraire à l’encontre de notre communauté. Si vous avez l’occasion vraiment lisez-le, vous allez être surpris par son anticipation du phénomène actuel.

Ma dernière pensée va à Edith Wharton qui vit là le pire affront qu’elle pouvait imaginer : voir son texte critiquant les lecteurs mécaniques, critiqué par l’une d’entre eux. Ah la littérature, ça n’est plus ce que c’était…


L’ESSENTIEL

Couverture du vice de la lecture par Edith Wharton

Couverture du vice de la lecture par Edith Wharton

Le vice de la lecture
Edith Wharton
Editions du Sonneur
Sorti le 01/03/2009
38 pages

Genre : essai
Recommandation : oui

 

RÉSUMÉ DE L’ÉDITEUR

« C’est un petit bijou d’intolérance » (Michel Guérin, Le Monde) « Peu de vices sont plus difficiles à éradiquer que ceux qui sont généralement considérés comme des vertus. Le premier d’entre eux est celui de la lecture. » Dans ce texte paru en 1903 dans une revue littéraire américaine, la romancière Edith Wharton (1862-1937) dénonce l’obligation sociale de la lecture, nuisible à la littérature et fatale à l’écrivain.


TOUJOURS PAS CONVAINCU ?

3 raisons de lire Le vice de la lecture

  1. Pour la modernité de sa vision du lectorat et des communautés telles que bookstagram
  2. Pour Edith Wharton tout simplement
  3. Parce que ça se lit d’une traite

3 raisons de ne pas lire Le vice de la lecture

  1. Pour le côté méprisant de la démonstration
  2. Parce qu’il ne devrait jamais y avoir de catégorisation et de jugement de valeur quand il s’agit des lecteurs et de leurs goûts
  3. Parce que ça risque de vous mettre un poil de mauvaise humeur 😉
0 réponses

Laisser un commentaire

Participez-vous à la discussion?
N'hésitez pas à contribuer!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *