Alors que je m’attendais à lire un roman psychologique, à l’instar du Syndrome de Croyde du même auteur, j’ai été prise par surprise dans un roman qui manie l’humour et le mystique, la science et la croyance. Une déroutante Sortie de piste

Sortie de piste de Marc Welinski (éditions Daphnis et Chloé)

Sortie de piste de Marc Welinski (éditions Daphnis et Chloé)

J’ai la cote avec les éditions Daphnis et Chloé : je viens de recevoir pour la troisième fois un de leurs titres grâce à une Masse critique Babelio et pour la deuxième fois ça tombe sur un titre de Marc Welinski. Forte de cette petite expérience, je peux dire trois choses : le catalogue de cette maison d’édition est vraiment varié et original et ça, ça me plaît ; les très nombreuses coquilles gâchent toujours autant mon plaisir de lecture et ça, forcément ça me plaît moins et enfin les titres de Marc Welinski se suivent mais ne se ressemblent pas et ça, je ne sais pas encore bien si ça me plaît ou pas.

En demandant à recevoir Sortie de piste, je m’attendais à lire un roman psychologique aux frontières du thriller à l’image du Syndrome de Croyde. Mais ce roman porte bien son titre puisque la sortie de piste a eu lieu dès les premières lignes. Je suis partie d’un rire franc en lisant l’incipit et j’ai découvert au fil des pages l’humour pince-sans-rire d’un auteur que je n’imaginais pas aussi gai luron. Marc Welinski a un esprit caustique et lâche quelques formules savoureuses, c’est étonnant et distrayant. J’étais ravie d’avaler 400 pages sur les déboires de Moïse, ce patron d’une start-up qui bat de l’aile, quitté par sa femme mais adopté par sa maîtresse. Je l’aimais déjà ce pauvre gars avec son prénom impossible à porter, j’étais prête à lui consacrer mes soirées et à me délecter de ses tirades mi-amusées mi-désabusées.

Comment annoncer à un restaurateur chinois que l’on saute sa femme ? C’est à peu près en ces termes que se pose le problème.
Alice est là, plantée devant moi, les poings serrés, les lèvres pincées, très agacée. Très, très agacée….
– Quand vas-tu enfin lui dire ? répète-t-elle.
J’émets quelques borborygmes.

Et puis d’un coup il est devenu moins drôle le Moïse. Il est monté dans un avion, l’avion s’est craché et lui, a fait un petit tour dans l’au-delà avant de revenir  parmi nous. Dès lors, ça n’était plus vraiment le même et ses considérations avaient changé. D’un quotidien banal – mais très drôle – de looser, on est passé à des envolées pseudo-scientifiques mâtinées de développement personnel. Vriller du thriller au feel-good, il fallait oser !

D’autant que la recette ne semble pas vraiment maîtrisée. Après le passage sur l’EMI (expérience de mort imminente)  l’auteur part dans une histoire carrément casse-gueule. Il ne sait plus bien comment négocier les virages pour enchaîner les scènes dans le réel et celles dans l’au-delà ou pour inclure des dialogues ou des pensées des différents protagonistes. Tout ça devient très maladroit, très candide aussi parfois, on sent poindre les bons sentiments larmoyants autant que l’ennui sous-jacent. Et ce ne sont pas les tirades scientifiques sur le fonctionnement du cerveau dans le cas d’une EMI qui parviennent à redonner du souffle au récit.

On sent que Marc Welinski a développé une passion pour tout ce qui touche aux sciences et aux technologies et qu’il aime en faire référence dans ses romans. Autant ça a plutôt bien fonctionné dans Le Syndrome de Croyde parce que ça servait son intrigue, autant c’est plutôt loupé dans le cas présent car tout ce qui gravite autour de l’EMI n’est que prétexte. L’auteur donne l’impression d’avoir brodé une histoire autour de cette notion qu’il souhaitait aborder. J’ai donc terminé ce roman de manière assez poussive, plus vraiment intéressée par l’orientation prise par l’histoire depuis l’apparition de Félix.

J’espère juste qu’un jour Marc Welinski osera croquer la société en toute simplicité. Sans ésotérisme, sans métaphysique, sans sciences dures, sans technologie mais avec l’humour dont il a su faire preuve dans ce roman. Je suis intimement persuadée qu’il est plutôt taillé pour ce rôle et qu’il ferait des étincelles dans ce registre.


L’ESSENTIEL

Couverture de Sortie de piste de Marc Welinski

Couverture de Sortie de piste de Marc Welinski

Sortie de piste
Marc WELINSKI
Editions Daphnis et Chloé
Sorti en GF le 15/09/2016
386 pages 

Genre : roman contemporain limité feel-good
Plaisir de lecture : ❤❤❤
Personnages : Moïse et son ami Félix
Recommandation : oui
Lectures complémentaires : Le syndrome de Croyde du même auteur

 

RÉSUMÉ DE L’ÉDITEUR

Moïse Steiner est un chef d’entreprise parisien qui vit une période difficile : son entreprise est au bord du dépôt de bilan et il se bat pour trouver des investisseurs. Heureusement, il vit un grand amour avec Alice, une parisienne pur jus, exubérante et fantasque, versée dans la méditation, le chamanisme et la cuisine sans gluten. Moïse, ancien militant trotskyste, athée et matérialiste convaincu, regarde d’un oeil amusé les engouements successifs de sa nouvelle compagne jusqu’au jour où il est victime d’un accident d’avion. Grièvement blessé, Moïse fait un arrêt cardiaque de 45 minutes durant lesquelles il se voit flotter au-dessus de son corps inerte, allongé sur le tarmac, entouré par les secouristes. Il vient de vivre une Expérience de mort imminente (EMI). Dès lors, sa vie est changée et une fois rétabli il n’a qu’une obsession : comprendre ce qui lui est arrivé. Pour ce faire, il rencontre toute une série de personnages hauts en couleurs : un grand acteur du cinéma français, un professeur de philosophie alcoolique, le vieux rabbin de sa famille, et plusieurs médecins qui tentent de le convaincre que la science peut tout expliquer… Une comédie chorale enlevée, sur fond d’un sujet qui suscite un intérêt toujours croissant : les expériences de mort imminentes.


TOUJOURS PAS CONVAINCU ?

3 raisons de lire Sortie de piste

  1. Parce que c’est très drôle (au moins au début)
  2. Parce que l’EMI est parfaitement expliquée
  3. Parce que le sujet traité est original

3 raisons de ne pas lire Sortie de piste

  1. Parce que l’histoire manque de consistance
  2. Parce que ça manque de liant entre le réel et le surnaturel
  3. Parce que la conclusion est vraiment simpliste
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