Taqawan est l’un des romans du Prix Audiolib 2021 que je redoutais un peu car, sur le papier, il me paraissait très éloigné de mes goûts et préoccupations. Et puis finalement s’il y a quelque chose qui m’a déplu dans ce livre audio, c’est sa brièveté.

Taqawan d'Eric Plamondon (éditions Audiolib)

Taqawan d’Eric Plamondon (éditions Audiolib)

J’aurais aimé que l’histoire, ou plutôt les histoires puisque l’on suit plusieurs protagonistes en parallèle, soient plus étoffées, que l’auteur m’en dise même plus sur ces saumons que je regardais d’un œil torve au début (c’est fou comme ça peut être intéressant de connaître les phases de développement d’un saumon quand c’est raconté avec autant de talent…).

Tout m’a plu et intéressée dans les propos d’Eric Plamondon, autant ce qui s’apparentait à un cours d’histoire du Québec et de la place des Micmacs, ces indiens installés depuis plus de 3000 ans en Gaspésie, que ce qui relevait davantage d’un roman policier à la trame plus classique mais diablement efficace.

Ici, on a tous du sang indien et quand ce n’est pas dans les veinesc’est sur les mains.

Roman polymorphe et de fait inqualifiable, Taqawan est un ovni littéraire que j’ai pris beaucoup de plaisir à écouter dans la mesure où chaque insertion historique ou politique se mêle parfaitement à l’intrigue. En prenant appui sur des faits de violence qui ont secoué le Québec en 1981, Eric Plamondon pointe du doigt ce que les Québécois ne veulent pas voir : la manière dont les besoins les plus élémentaires des autochtones sont niés et leurs représentants malmenés. En se servant de la fiction, l’auteur bouscule ses  compatriotes et plus largement ses lecteurs de tous horizons en les amenant à regarder en face le sort réservé à ces Indiens, à constater par eux-mêmes les ravages de la colonisation et à prendre conscience de l’urgence qu’il y a à apprendre à vivre ensemble dans le respect des besoins fondamentaux des uns et des autres. Dit comme cela, ça paraît tellement évident mais l’homme se révèle souvent d’une bêtise crasse qui me sidère chaque jour un peu plus…

On dirait que le colonialisme, c’est un peu comme un saumon, tu peux le jeter à la mer, il finit toujours par remonter là où il est né.

Comme nous sommes dans le cadre du Prix Audiolib, quelques mots sur la narration. Ce texte est lu par François-Eric Gendron, un narrateur que je n’avais pas encore eu le plaisir d’écouter mais que je retrouverai certainement très bientôt puisque c’est lui qui lit le dernier Franck Bouysse : Buveurs de vent ainsi que l’Enquête de Society sur Xavier Dupont de Ligonnès, deux livres qui me tentent beaucoup en version audio. J’ai été totalement charmée par son timbre de voix et par sa rythmique. Il fait partie des narrateurs hommes que je parviens à suivre sans aucune difficulté et c’est assez rare. Malgré tout j’émettrai une petite réserve : certains dialogues nécessitant de prendre l’accent québécois, pourquoi ne pas avoir fait appel à un narrateur québécois pur souche pour ce livre ? François-Eric Gendron a fait ce qu’il a pu mais l’accent québécois dans la bouche d’un Français, ça sonne forcément un peu faux. Remarquez, tout un roman lu par un narrateur québécois aurait pu aussi poser un problème de compréhension et décourager certains auditeurs français. Difficile de tout avoir en même temps…


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L’ESSENTIEL

Couverture poche de Taqawan d'Eric Plamondon

Couverture poche de Taqawan d’Eric Plamondon

Taqawan
Eric PLAMONDON
Quidam Editeur en GF, Le livre de poche et Audiolib en audio
Sorti le 04/01/2018 en GF et le 25/03/2020 en audio 
220 pages (4h08 d’écoute)
Lu par François-Eric Gendron

Genre : roman contemporain
Plaisir de lecture : ❤❤❤❤❤
Plaisir d’écoute : ❤❤❤❤❤
Recommandation : oui
Lectures complémentaires : Ici n’est plus ici de Tommy Orange, Betty de Tiffany McDaniel

 

RÉSUMÉ DE L’ÉDITEUR

« Ici, on a tous du sang indien et quand ce n’est pas dans les veines, c’est sur les mains. » 11 juin 1981. Trois cents policiers de la sûreté du Québec débarquent sur la réserve de Restigouche pour s’emparer des filets des Indiens mig’maq. Émeutes, répression et crise d’ampleur : le pays découvre son angle mort.
Une adolescente en révolte disparaît, un agent de la faune démissionne, un vieil Indien sort du bois et une jeune enseignante française découvre l’immensité d’un territoire et toutes ses contradictions. Comme le saumon devenu taqawan remonte la rivière vers son origine, il faut aller à la source… Histoire de luttes et de pêche, d’amour tout autant que de meurtres et de rêves brisés, Taqawan se nourrit de légendes comme de réalités, du passé et du présent, celui notamment d’un peuple millénaire bafoué dans ses droits.

Fascinant… La littérature est là à son meilleur, dans sa capacité à croiser une multiplicité de regards et de discours. Chapeau ! Michel Abescat, Télérama.

Une pépite ! Un roman noir, un récit historique, un pamphlet politique… Un livre qui refuse d’être figé ! Augustin Trapenard, 21 cm, Canal +.

Follement romanesque, brillant, étincelant, glaçant par instants, un roman d’aventures au sens qu’en donnaient Jack London, Herman Melville et Joseph Conrad. Philippe Chauché, La Cause littéraire.

Prix France-Québec 2018.


TOUJOURS PAS CONVAINCU ?

3 raisons de lire Taqawan

  1. L’auteur a un vrai talent de conteur, tout ce qu’il raconte est passionnant
  2. L’histoire du Québec et de ces amérindiens mérite d’être connue
  3. C’est un roman engagé mais pas que, c’est un roman d’évasion, de réflexion, un condensé d’émotions et d’idées

3 raisons de ne pas lire Taqawan

  1. C’est trop court.
  2. Beaucoup trop court.
  3. Beaucoup, beaucoup trop court !
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