Critiquer le roman de quelqu’un que l’on connait pose toujours la question de l’objectivité. Vais-je oser le dire si je n’ai pas aimé son livre ? C’est la crainte que j’ai eu en commençant Confidences d’une emmerdeuse d’Hélène de Montaigu.

Confidences d'une emmerdeuse d'Hélène de Montaigu (Librinova)

Confidences d’une emmerdeuse d’Hélène de Montaigu (Librinova)

Au mois de mai, je me suis un peu livrée dans un post consacré au livre de Marie Robert, Descartes pour les jours de doute. J’évoquais dans celui-ci des relations houleuses avec des membres de ma famille et mon besoin de m’affranchir de cette emprise. Hélène qui suit avec une grande bienveillance mes publications, m’a contactée pour me dire que mes propos raisonnaient en elle et pour me proposer de lire son livre : Confidences d’une emmerdeuse. Sa démarche m’a beaucoup touchée tout autant qu’elle m’a inquiétée : et si je n’aimais pas ce livre, oserai-je le lui dire ? Parvient-on à garder la même franchise avec les personnes que l’on connait et que l’on ne veut surtout pas blesser ? Depuis la réception de son roman, ces questions me trottaient dans la tête. Heureusement pour moi, je n’aurai pas à leur trouver de réponse car j’ai éprouvé un plaisir fou à lire les tribulations de la pétillante Zénaïde.

Ce roman mêle introspection et enquête pour tenter de percer le secret d’une vie : pourquoi Zénaïde est-elle surnommée l’emmerdeuse par ses frères et sœur ? Pourquoi cette étiquette continue-t-elle à lui coller à la peau dans sa belle-famille ? Qu’est-ce qui cloche chez cette jeune femme pour être ainsi mise au ban de ces cercles familiaux ? Rapidement le lecteur comprend que cette recherche est veine car rien ne justifie dans l’attitude de Zénaïde un tel rejet si ce n’est sa volonté farouche de vivre sa vie loin des diktats de ses frères ou de ses belles-sœurs. Son seul tort finalement : ne pas être assez docile, assez malléable… assez manipulable.

Vingt-deux ans me séparaient de mon frère aîné et huit de celui juste au-dessus. Mais chez les cathos, à l’orée des années soixante, la contraception était proscrite en dehors de la méthode Ogino, dont l’inefficacité fut largement prouvée. La preuve ! Amédée me confierait un jour d’une mine contrite : « Quand les parents nous ont annoncé qu’ils attendaient un bébé, ils avaient l’air un peu cons ».

Naissance, mariage, Noël en famille, partage d’héritage… l’auteure s’appuie sur des scènes de vie pour nous dresser une galerie de portraits plus caustiques les uns que les autres. Les bassesses et mesquineries des membres les moins reluisants de la famille de Zénaïde et de celle de son époux sont révélées au grand jour. Il y a un petit air de François Mauriac dans ce récit, c’est indéniable. On n’est pas loin de mon roman fétiche : Le nœud de vipères, c’est cruellement délicieux.

Pour écrire un tel livre, je me dis qu’il faut avoir beaucoup souffert du regard de ses proches, avoir laissé pas mal de plumes dans ces petits dénigrements du quotidien, garder des cicatrices des petits phrases assassines lâchées l’air de rien. Il faut avoir beaucoup enduré, avoir atteint ses limites puis être parvenu à briser les chaînes et à s’affranchir du poids des responsabilités, de la morale et de la bienséance.

Plus que les confidences d’une emmerdeuse, ce sont les confidences d’une femme libre que je viens de lire et cette femme là a tout mon respect pour le chemin parcouru.


L’ESSENTIEL

Couverture de Confidences d'une emmerdeuse d'Hélène de Montaigu

Couverture de Confidences d’une emmerdeuse d’Hélène de Montaigu

Confidences d’une emmerdeuse
Hélène de MONTAIGU
Librinova
Sorti le 09/11/2018
178 pages

Genre : roman autobiographique
Personnages : Zénaïde, son mari Georges, sa famille et belle-famille
Plaisir de lecture : ❤❤❤❤
Recommandation : oui
Lecture complémentaire : Rien ne s’oppose à la nuit et D’après une histoire vraiede Delphine de Vigan, Vous prendrez bien un dessert de Sophie Henrionnet

 

 

RESUME DE L’AUTEUR

« Je m’appelle Zénaïde. Je suis une emmerdeuse. Les honorables membres de la fratrie au sein de laquelle j’ai vu le jour, dans leur grande sagesse, m’ont ainsi baptisée. » Zénaïde a grandi dans un cadre familial avare de sentiments, où la domination masculine prévaut. Elle se sent à part d’une fratrie avec qui elle ne partage aucune connivence. Pourquoi donc a-t-elle été affublée du qualificatif d’emmerdeuse ? Cette mauvaise réputation, telle un second prénom, lui a collé à la peau toute sa vie. Elle n’a jamais pu s’en débarrasser. De quel outrage, cette petite dernière s’est-elle rendue coupable aux yeux des siens ? Zénaïde veut comprendre, et pour cela, elle va mener son enquête… D’une plume incisive et pleine d’humour, Hélène de Montaigu livre ici un roman très personnel ; drôle, léger et rafraîchissant, pour le plus grand plaisir des lecteurs.


TOUJOURS PAS CONVAINCU ?

3 raisons de lire Confidences d’une emmerdeuse

  1. Si vous aimez les histoires de famille
  2. Si « L’enfer c’est les autres » et « Familles, je vous hais » trouvent un écho en vous
  3. Si vous souhaitez soutenir une auteure auto-éditée de talent

3 raisons de ne pas lire Confidences d’une emmerdeuse

  1. Si vous n’aimez vraiment pas les récits autobiographiques
  2. Si la famille vous en soupez déjà assez comme ça
  3. Si vous vivez dans un monde idéal, bercé de bienveillance pater-mater-fraternelle et que vous ne concevez pas qu’on puisse se pourrir la vie en famille
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