S’il y a bien un livre qui fait l’unanimité en ce moment c’est le dernier Sandrine Collette, Et toujours les forêts. Et devinez quoi ? Je ne partage absolument pas cet engouement !

Et toujours les forêts de Sandrine Collette (éditions JC Lattès)

Et toujours les forêts de Sandrine Collette (éditions JC Lattès)

Si je n’avais pas eu à le lire dans le cadre du jury Elle, je l’aurais abandonné à la moitié. J’ai été très déstabilisée par l’écriture que j’ai trouvée glaciale, mécanique, factuelle et déshumanisée et par ces personnages mal dégrossis. Malgré tous mes efforts je ne suis pas parvenue à ressentir la moindre empathie pour eux. Or, l’empathie, la capacité à se mettre dans la peau de survivants c’est quand même la raison d’être d’un roman post-apocalyptique…

A partir de là, c’était franchement mal barré et tout est allé de travers : manque de rythme, peu d’actions, peu de personnages donc peu d’interactions intéressantes, je me suis clairement ennuyée pendant les deux premiers tiers. Heureusement la fin a un peu rattrapé l’impression générale, j’ai même cru à un moment que l’auteure allait nous servir une fin magistrale mais finalement non, elle n’a pas été jusqu’au bout de son idée, ajoutant la frustration à l’ennui.

La disparition des couleurs, et le silence.
Le silence le laissait bouche ouverte, bras ouverts- épouvanté.
C’était comme s ‘il était devenu sourd, et il avait frotté ses oreilles à les rendre douloureuses pour leur redonner la vie, pour entendre à nouveau.
Mais il n’était pas sourd.
Seulement le bruit avait disparu. Il n’y avait rien à entendre.

Je sais que d’autres lecteurs n’ont pas pu s’empêcher de comparer ce roman à La route de Cormac McCarthy. Ne l’ayant pas lu, je n’ai pas été perturbée par cette référence. En revanche, j’ai plusieurs fois fait un parallèle entre cette histoire et L’aveuglement de José Saramago, l’un de mes plus gros coups de cœur de tous les temps. Et je crois qu’il n’y a pas plus opposés que ces deux romans sur cette vision de fin du monde. Là où l’écriture de Sandrine Collette est saccadée, composée essentiellement de phrases courtes avec des points qui résonnent comme des sentences qui coupent tout élan et toute émotion, celle de Saramago se libère de toute ponctuation définitive entraînant le lecteur dans un flot ininterrompu de sensations, de perceptions et de sentiments. Là où Collette limite ses survivants à une poignée de malheureux confrontés à leur solitude, Saramago nous propose une société complète qui doit se réinventée après une épidémie de cécité. Or, l’un et l’autre vont tenter de nous prouver que fasse à la fin du monde tel que nous le connaissons, l’homme est le pire prédateur pour l’homme. Mais là encore, le pire qui puisse émaner de quelques individus isolés ne parviendra jamais à la cheville de toute une civilisation ramenée à ses plus bas instincts.

Non, vraiment, la recette concoctée par Sandrine Collette me semble bien fade…

Et toujours les forêts est le roman sélectionné par le jury de février du Grand prix des lectrices Elle 2020.


L’ESSENTIEL

Couverture de Et toujours les forêts de Sandrine Collette

Couverture de Et toujours les forêts de Sandrine Collette

Et toujours les forêts
Sandrine COLLETTE
Editions JC Lattès 
Sorti en GF le 02/01/2020 
334 pages 

Genre : roman d’anticipation
Plaisir de lecture : ❤❤❤
Personnages : Corentin, Augustine et Mathilde
Recommandation : oui
Lectures complémentaires : Dans la forêt de Jean Heagland, Une histoire des abeilles de Maja Lunde, L’aveuglement de José Saramago, La route de Cormac McCarthy, A crier dans les ruines d’Alexandra KOSZELYCK

 

RÉSUMÉ DE L’ÉDITEUR

Corentin, personne n’en voulait. Ni son père envolé, ni les commères dont les rumeurs abreuvent le village, ni surtout sa mère, qui rêve de s’en débarrasser. Traîné de foyer en foyer, son enfance est une errance. Jusqu’au jour où sa mère l’abandonne à Augustine, l’une des vieilles du hameau. Au creux de la vallée des Forêts, ce territoire hostile où habite l’aïeule, une vie recommence.

À la grande ville où le propulsent ses études, Corentin plonge sans retenue dans les lumières et la fête permanente. Autour de lui, le monde brûle. La chaleur n’en finit pas d’assécher la terre. Les ruisseaux de son enfance ont tari depuis longtemps ; les arbres perdent leurs feuilles au mois de juin. Quelque chose se prépare. La nuit où tout implose, Corentin survit miraculeusement, caché au fond des catacombes. Revenu à la surface dans un univers dévasté, il est seul. Humains ou bêtes : il ne reste rien. Guidé par l’espoir insensé de retrouver la vieille Augustine, Corentin prend le long chemin des Forêts. Une quête éperdue, arrachée à ses entrailles, avec pour obsession la renaissance d’un monde désert, et la certitude que rien ne s’arrête jamais complètement.


TOUJOURS PAS CONVAINCU ?

3 raisons de lire Et toujours les forêts

  1. Parce qu’il faut l’unanimité (moins 1 voix…)
  2. Parce qu’il donne à voir un avenir terrifiant
  3. Parce que la plume de Sandrine Collette est unanimement saluée (sauf 1 voix)

3 raisons de ne pas lire Et toujours les forêts

  1. Parce que ça peut être déprimant pour certains lecteurs
  2. Parce que l’écriture est assez particulière
  3. Et pour toutes les raisons évoquées dans mon avis et qui n’engagent que moi
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