Quand j’avais 8 ans, ma maîtresse m’a demandé quel métier je voulais faire dans la vie. Avec un aplomb que j’ai largement perdu depuis, je lui ai répondu fièrement : « notaire ! ». Impressionnée par ma réponse, elle a quand même senti l’entourloupe et m’a interrogée, l’air de rien : « et ils font quoi les notaires dans la vie ? » Coincée !

Les actes de Cécile Guidot (éditions JC Lattès)

Je n’avais pas la moindre idée du rôle d’un notaire dans la mesure où ma vocation était née dans l’esprit de mon père lorsqu’il a croisé son propre notaire au volant d’une Ferrari. Je savais donc juste que ça gagnait un max de pognon et que ça suffisait pour en faire le plus beau métier du monde aux yeux de mon géniteur. On a le sens pratique dans la famille…

Depuis, à travers mes expériences personnelles et celles relatées par mes amis je me suis rendue compte que c’était bien là la caractéristique principale de cette profession : le fric. Il suffit de pousser la porte d’une étude pour se rendre compte que l’on a affaire à un autre monde, feutré, pompeux, un peu snob, extrêmement hiérarchisé et toujours très affairé. En général ça se passe toujours de la même manière : vous venez pour un premier rendez-vous avec l’un des notaires associés courtois et avenant. Vous sortez de là confiant dans le bon déroulement de votre dossier sans savoir que vous venez tout juste de vous faire reléguer en seconde division. Exit le notaire, vous n’en entendrez plus parler jusqu’à la signature finale. Vous allez désormais devoir en découdre avec un clerc qui ne manquera pas d’enchaîner conneries sur conneries sans aucun contrôle de la part de l’officier public pourtant responsable de votre dossier. Personne ne prendra vos appels ni ne répondra à vos mails de plus en plus agacés par l’enchaînement de bourdes et les délais qui s’allongent. La seule promptitude dont fera preuve votre notaire sera pour vous adresser ses émoluments. Après être passé par tous les stades de l’anxiété et de la colère, vous vous présenterez harassé au dernier rendez-vous et observerez, médusé, votre notaire prendre connaissance de l’acte que vous vous apprêtez à signer en même temps qu’il le lit. L’envie vous prendra alors de l’étrangler avec sa cravate mais vous n’en ferez rien, tout à votre joie d’en avoir enfin fini avec les formalités.

– Vous êtes une sainte dans un monde pourri !

– Je ne suis absolument pas une sainte ! Je m’efforce de bien agir, de faire preuve d’empathie et de bienveillance et je lutte comme tout le monde, contre les mauvaises pensées.

Vous pensez que j’exagère ? Que je grossis volontairement le trait ? Lisez Les actes de Cécile Guidot et vous verrez que je suis encore très loin de la réalité ! Ce premier roman est largement inspiré de l’expérience professionnelle de l’auteure, notaire de son état avant de devenir romancière. J’ai retrouvé dans ces tranches de vie d’une étude notariale tous les travers que je connaissais déjà de ce milieu mais surtout j’ai compris pourquoi les mêmes problèmes et les mêmes plaintes revenaient sans cesse. Etre notaire c’est appartenir à une caste dans laquelle on privilégie le paraître à l’être. Plus on monte dans la hiérarchie, moins on se soucie de la mission d’officier public pourtant dévolue au notaire. Dans ce monde de privilèges, il y a ceux qui triment dans l’ombre et ceux qui attirent la lumière, il y a les actes qui coûtent et ceux qui rapportent, il y a des clients et rarement des êtres humains, il y a le sens du pouvoir et de l’argent à défaut d’avoir le sens du devoir. Et puis comme dans tout milieu gangrené par l’argent, il y a aussi les exceptions, ceux pour qui la probité veut encore dire quelque chose.

Ce roman ferait une excellente série avec sa galerie de personnages hauts en couleurs. Ça papillonne dans tous les sens dans cette étude entre les notaires associés, salariés et stagiaires, les clercs et les assistantes sans oublier les clients. Ça n’est pas toujours évident de parvenir à resituer qui est qui, d’autant qu’il n’y a pas vraiment de fil conducteur. Aussi, si j’ai beaucoup aimé découvrir les coulisses de cette profession et ses luttes intestines, je regrette un peu de ne pas avoir pu me raccrocher à une intrigue. Claire, la jeune notaire salariée qui sert de personnage principal manque de relief pour incarner le rôle moteur qui devrait être le sien dans ce roman. Ça ne la rend pas moins sympathique pour autant, on a juste l’impression qu’en la suivant on ne sait pas bien où cela va nous mener et l’on finit forcément dans une impasse.

En conclusion, il s’agit là d’un premier roman très intéressant qui vous en apprendra beaucoup sur la profession et vous questionnera sur vos valeurs. Je n’ai pas été loin du coup de cœur mais le style un peu froid de l’ensemble n’a pas réussi à déclencher en moi des émotions telles que la colère ou l’indignation alors qu’il y avait bien matière pour. J’aurais aimé vibrer, c’est dommage mais ça n’enlève rien aux qualités de ce roman.


L’ESSENTIEL

Couverture de Les actes de Cécile Guidot

Couverture de Les actes de Cécile Guidot

Les actes
Cécile GUIDOT
Editions JC Lattès
Sorti en GF le 03/04/2019
439 pages

Genre : fresque sociale

Personnages : Claire Castaigne, jeune notaire salariées et l’ensemble de ses collèges de l’office notarial

Plaisir de lecture : ❤❤❤❤

Lectures complémentaires : Madame d’Alix Laine, Gourou(e) de Murielle Renault

 

 

RÉSUMÉ DE L’ÉDITEUR

Claire Castaigne ne ressemble guère à l’image qu’on se fait d’une notaire  : elle a trente-deux ans, ses parents ont une ferme en Bourgogne à la lisière de la foret et c’est là qu’elle a grandi, sans hériter d’aucune charge. Elle roule à moto dans Paris, elle porte des tatouages, vit seule, lit Marguerite Duras pendant ses pauses déjeuners et répond parfois à une invitation pour une nuit sans lendemain avec un homme rencontré sur un site de rencontre. Mais dans son travail à l’office notarial  rien ne transparaît de cette vie solitaire, secrète et différente  : elle regarde ce monde sans ironie, elle se consacre à la vie de ses clients, elle est touchée par tous les drames intimes. Car dans un office notarial, les vies se nouent, se croisent et se déchirent. Chacun y passe un jour pour acter, signer, formaliser des engagements : l’achat d’un appartement, un mariage, un pacs, un divorce, faire face à un décès et à la succession. Claire est le témoin de ces actes et le lien entre des parties opposées. Elle s’engage, apaise, essaye de dénouer les nœuds. On découvre tout ce qu’elle fait et ressent et tout ce qu’elle doit faire pour survivre dans cette société hiérarchisée, hétéroclite, avec ses codes et ces rivalités.

Une plongée passionnante du côté de ceux qui sont les témoins des grands moments de nos vies, qui assistent à nos joies, à nos douleurs, à nos rancunes. L’argent et les sentiments se mêlent. C’est violent, cruel, tragique, poétique et comique.


TOUJOURS PAS CONVAINCU ?

 

3 raisons de lire Les actes

  1. Si vous aimez les comédies humaines

  2. Si vous avez développé un sens critique vis-à-vis du monde de l’entreprise

  3. Si vous avez toujours rêvé de vous transformer en petite souris pour observer vos contemporains

3 raisons de ne pas lire Les actes

  1. Si vous n’êtes pas féru de romans à dominante psychologique et sociale

  2. Si les romans sans réelle intrigue et suspense vous découragent

  3. Si la littérature très ancrée dans le quotidien ne vous attire pas

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