A l’est d’Eden est un roman magistral dont l’histoire n’a rien d’original puisqu’elle est originelle.

A l'est d'Eden de John Steinbeck (éditions Le livre de poche)

A l’est d’Eden de John Steinbeck (éditions Le livre de poche)

Adam, en quête de son Eden, part s’installer à Salinas en Californie, en compagnie de sa femme Cathy. De leur union naîtra les Caïn et Abel de l’histoire : les jumeaux Caleb et Aaron. John Steinbeck s’appuie sur cette symbolique biblique pour développer une réflexion profonde sur le bien et le mal, l’amour et la haine, le pêché originel, la reconnaissance et la jalousie, le pouvoir de l’argent et les préjugés… à l’aide d’une plume somptueuse, pleine de finesse, de spiritualité et d’humour.

Les personnages secondaires apportent de la puissance et de la profondeur à ce récit. Ainsi Samuel Hamilton, pauvre fermier au cœur d’or, émeut par sa grandeur d’âme. Cette belle personne n’est pas sans rappeler Atticus Finch dans Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, une pointe d’humour et d’autodérision en plus.

Lee, quant à lui, amuse et pousse à la réflexion quand le lecteur découvre que ce serviteur chinois abuse du pidgin (variante du « petit nègre ») pour se conformer à l’image que les blancs ont de lui alors qu’il est plus éduqué et cultivé qu’eux tous réunis.

Quelle est exactement la part d’autobiographie dans ce roman ? Je l’ignore. Mais j’ai été touchée de découvrir que Samuel Hamilton était en fait le grand-père maternel de John Steinbeck et je ne serais pas étonnée qu’un tel personnage, s’il a vraiment existé, ait pu engendrer un tel écrivain.

Comme j’avais envie plus que tout de conserver certains passages de ce roman, j’ai décidé de mettre quelques citations ici. De quoi vous convaincre, s’il en est encore besoin du génie de cet auteur.

Je veux faire de ma terre un jardin. Rappelez-vous que mon nom est Adam. Jusqu’ici je n’ai pas connu l’Éden, si ce n’est pour en être chassé.

On peut être fier de n’importe quoi si c’est tout ce que l’on a. Moins on possède, plus il est nécessaire d’en tirer vanité.

Il faut être très riche pour s’habiller aussi mal que vous. Les pauvres doivent s’habiller bien.

Je trouve qu’il n’y a rien de plus triste qu’une amitié qui ne tient plus que par la colle de timbre-poste. Quand on ne peut plus voir, entendre, ou toucher un homme, il vaut mieux rompre les amarres.

Peut-être le savoir est-il trop grand, mais peut-être aussi l’homme est-il trop petit, dit Lee. Peut-être qu’à force de s’agenouiller devant les atomes il finit par avoir une âme de la taille de ce qu’il adore.

Je me demande s’ils étaient divinement stupides ou animés d’une foi immense.

Adam était incapable de malhonnêteté, car il ne désirait rien. il faut avoir des besoins à satisfaire pour être malhonnête.

La richesse semble venir aux pauvres sous une forme spirituelle, et, pour rétablir l’équilibre, les riches ne sont qu’une bande d’abrutis.

Et mon passage préféré entre tous :

– Vous avez ce cheval depuis toujours ? demanda Adam.
– Depuis trente-trois ans, répondit Samuel. Il n’a plus de dents, je le nourris à la main de bouillie chaude. Il fait de mauvais rêves, il frissonne et il pleure quelquefois dans son sommeil.
– Il a l’air d’une proie qui se refuserait aux charognards, dit Adam.
– Je sais. Peut-être est-ce pour cela que je l’ai choisi lorsqu’il était poulain. Savez-vous que je l’ai payé deux dollars, il y a trente-trois ans ? Il n’avait vraiment rien pour plaire, les sabots plats comme des crêpes, et le jarret épais et court. Il a la tête aplatie et il est ensellé, il a les flancs maigres et la croupe énorme, il a une bouche d’acier et il refuse toujours la culière. Lorsqu’on le monte, on a l’impression de faire une promenade en traîneau sur une route défoncée. Il ne peut pas trotter et il trébuche à chaque pas. Depuis trente-trois ans que je l’ai, je ne lui ai jamais trouvé une qualité. Je peux même dire qu’il est vicieux. Il est égoïste, bagarreur, méchant, et désobéissant. Même aujourd’hui, je n’ose pas me tenir derrière lui car je sais qu’il me décocherait une ruade. Lorsque je le nourris, il essaie de me mordre la main. Je l’aime.

Un génie vous dis-je…


L’ESSENTIEL

Couverture de A l'est d'Eden de John Steinbeck

Couverture de A l’est d’Eden de John Steinbeck

A l’est d’Eden
John STEINBECK
Editions JC Lattès
Publié en 1952
631 pages

Genre : classique américain, grand roman
Personnages : les frères Adam et Charles, Cathy la femme d’Adamn et leurs enfants, les jumeaux Caleb et Aaron
Plaisir de lecture : ❤❤❤❤❤
Recommandation : oui
Lectures complémentaires : les autres romans de l’auteur dont Les raisins de la colère et Des souris et des hommes

 

RÉSUMÉ DE L’ÉDITEUR

Dans cette grande fresque, les personnages représentent le bien et le mal avec leurs rapports complexes. Adam Trask, épris de calme, Charles, son demi-frère dur et violent, Cathy, la femme d’Adam, un monstre camoußé derrière sa beauté, leurs enfants, les jumeaux Caleb et Aaron. En suivant de génération en génération les familles Trask et Hamilton, l’auteur nous raconte l’histoire de son pays, la vallée de la Salinas, en Californie du Nord. John Steinbeck a reçu le prix Nobel de littérature pour l’ensemble de son œuvre.


TOUJOURS PAS CONVAINCU ?

3 raisons de lire A l’est d’Eden

  1. Si vous voulez lire un très très grand roman
  2. Si vous cherchez un roman qui interroge notre moralité
  3. Si vous voulez découvrir l’un des plus grands auteurs américains de tous les temps

3 raisons de ne pas lire A l’est d’Eden

  1. Impossible d’en trouver une seule !
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