Sans l’ombre d’un doute De si bons amis est le plus beau roman que j’ai pu lire depuis le début d’année. Je crois même qu’il va rejoindre mon panthéon personnel aux côtés de Mon désir le plus ardent de Pete Fromm et Retour à Little Wing de Nickolas Butler : il y a une place à prendre dans ce rayon des merveilleux romans qui traitent d’amour et d’amitié et celui-ci semble parfaitement taillé pour le rôle.

De si bons amis de Joyce Maynard (éditions Philippe Rey)

De si bons amis de Joyce Maynard (éditions Philippe Rey)

L’écriture de Joyce Maynard a une classe folle : sublime car simple, limpide mais profonde, mesurée mais juste et honnête. Elle n’a pas besoin d’effets de style pour vous accrocher puis vous retenir, pour provoquer en vous une foule d’émotions et de questionnements. J’aime plus que tout ces romans vrais, qui sondent l’âme, donnent à voir ce que chaque personnage a en lui de plus lumineux comme de plus sombre, n’en faisant pas d’un côté des héros auréolés et de l’autre de vils seconds rôles. L’amour comme l’amitié, c’est bien plus compliqué que ça et Helen, le personnage principal de De si bons amis, le comprendra à ses dépens.

Dans ce roman, Joyce Maynard dissèque une amitié depuis sa naissance fulgurante  jusqu’à sa mort brutale. D’entrée le lecteur sait que cette relation s’est mal terminée, qu’à un moment quelque chose s’est brisé entre Helen et le couple tonitruant que forment Ava et Swift Havilland. Et c’est justement car il le sait, que le lecteur va pouvoir suivre cette histoire en repérant ce qui sonne faux dans le discours chaleureux des Havilland, dans leur promesse d’amitié à la vie à la mort. Cette amitié passée est relatée par Helen en personne, avec une honnêteté désarmante. L’auteure ne cherche pas à en faire une victime à tout prix, au contraire elle la force à une introspection révélant sa part de responsabilité dans le fiasco qui suivra.

– Qu’est-ce que tu racontes ? Il n’existe pas plus belle relation que celle des Havilland. Je n’ai jamais vu de couple s’aimer autant.
– L’amour ne se manifeste pas toujours de façon évidente. Tout un chacun n’éprouve pas le besoin de crier au monde entier et à longueur de journée quel couple fantastique il forme avec son partenaire. Certains expriment leurs sentiments pas leur comportement.

Il est évident qu’à certains moments on peut s’agacer du manque de clairvoyance d’Helen. On peut la trouver particulièrement naïve bien sûr mais aussi cruelle, ce qui paraît moins évident de prime abord. Mais c’est oublier un peu vite, en la jugeant de la sorte, ce qu’est le mécanisme d’emprise sur personne vulnérable dont jouent tous les manipulateurs de la terre. S’il n’y a pas de faille, il n’y a pas besoin de sauveur et donc pas de prise possible pour ces personnages qui savent du jour au lendemain se rendre indispensables à votre vie en vous amenant à balayer d’un revers de main tout ce qui l’était encore la veille.

Les personnages de Joyce Maynard se révèlent petit à petit dans toute leur complexité comme une sculpture qui émerge d’un bloc de marbre travaillé patiemment au burin. On découvre dans un premier temps le contour grossier du flamboyant Swift et de la très joviale Ava puis des formes biseautées apparaissent, le récit prend de l’ampleur et le piège se referme. Et aussi fulgurante que fut la naissance de cette amitié, la chute en est encore plus brutale, comme dans toutes les histoires d’amitié qui n’en sont pas réellement.


L’ESSENTIEL

Couverture De si bons amis de Joyce Maynard

Couverture De si bons amis de Joyce Maynard

De si bons amis
Joyce MAYNARD
Editions Philippe Rey
Sorti le 03/01/2019
333 pages

Genre : roman psychologique
Personnages : Helen et son fils Oliver, Ava et Swift Havilland leurs amis, Eliot le petit ami d’Helen et Cooper le fils de Swift
Plaisir de lecture : ❤❤❤❤❤
Recommandation : oui
Lectures complémentaires : Prête à tout de la même auteure, Mon désir le plus ardent de Pete Fromm, Retour à Little Wing de Nickolas Butler, La saison des feux de Celeste NG

 

RÉSUMÉ DE L’ÉDITEUR

Un roman saisissant sur l’amitié et la trahison

Quand Ava et Swift Havilland, couple fortuné, décident de prendre sous leur aile Helen McCabe, celle-ci est au plus bas. À quarante ans, Helen a perdu la garde de son fils Oliver, huit ans, et partage sa semaine entre rencontres aux Alcooliques Anonymes, petits boulots de serveuse et soirées à faire défiler sur son écran les profils d’hommes célibataires de la région. Après s’être réfugiée depuis l’enfance derrière des récits de vies fantasmées pour masquer sa fragilité, elle trouve auprès des Havilland ce qu’elle a toujours désiré : se sentir unique et aimée.
Dès lors, la vie d’Helen est soumise aux moindres caprices du couple – dont la perversité prend des apparences de bienveillance –, les laissant même s’immiscer dans les prémices de sa relation avec Elliot, un comptable dont le quotidien simple et rangé attire le mépris de ses nouveaux amis. Jusqu’où Helen se laissera-t-elle manipuler par les Havilland, tandis qu’une seule chose compte à ses yeux : récupérer la garde d’Oliver ?

Dans ce roman à l’écriture fluide et rigoureusement construit, Joyce Maynard dresse le portrait d’une femme vulnérable et emporte le lecteur au coeur d’une angoissante prise de possession amicale. Jusqu’au moment où Helen sera placée devant un choix aussi imprévu que difficile…


TOUJOURS PAS CONVAINCU ?

3 raisons de lire De si bons amis

  1. Si vous vous interrogez sur les relations humaines
  2. Si vous cherchez des personnages forts qui vous poursuivront longtemps
  3. Si vous aimez les plus simples qui servent le propos sans l’écraser

3 raisons de ne pas lire De si bons amis

  1. Si vous n’en avez que faire des histoires sur les amitiés trahies
  2. Si le genre roman d’atmosphère à dominante psychologique vous indiffère
  3. Si vous avez déjà lu Joyce Maynard et n’avez pas été sensible à ses charmes
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