Douglas Kennedy a été pendant plus de 15 ans mon auteur préféré. J’ai lu tous ses romans et conserve le souvenir de coups de foudre, rien de moins, pour Les désarrois de Ned Allen, La poursuite du bonheur et Les charmes discrets de la vie conjugale. Autant de bonheur reçu d’un même auteur, ça suscite la fidélité chez une lectrice.

Les charmes discrets de la vie conjugale de Douglas Kennedy (éditions audio Lizzie)

Les charmes discrets de la vie conjugale de Douglas Kennedy (éditions audio Lizzie)

Tout ça pour dire que je n’ai pas hésité une seconde à me procurer le premier tome de La symphonie du hasard dès sa sortie. Hélas cette lecture a été une déception tellement forte que je n’ai pas souhaité lire la suite. Je me suis sentie flouée et trahie par cet auteur à qui j’avais juré fidélité. Est-ce lui qui a changé ou moi qui me suis éloignée de lui ? Difficile de le savoir à moins que… Quand j’ai vu il y a quelques temps que les premiers succès de l’auteur étaient édités en audio, je n’ai pas résisté à l’envie de me confronter au souvenir peut-être déformé par le temps de mes premiers amours. Ayant déjà lu et relu La poursuite du bonheur, j’ai préféré me replonger dans Les charmes discrets de la vie conjugale dont l’histoire s’était peu à peu évaporée de ma mémoire. Et maintenant que je l’ai terminé une seconde fois et avec 15 ans d’écart, je comprends l’objet de notre rupture.

Bienvenue au club de la maternité. Laquelle, d’après mon expérience, n’est qu’une longue et incessante prise de tête. La bonne nouvelle toutefois, c’est que, une fois que tu auras consacré vingt-et-un ans à élever ton Jeffrey, il n’aura que des reproches à t’adresser.

Ce qui m’a fortement agacée dans La symphonie du hasard – les références politiques et culturelles à outrance – existe aussi dans ses premiers œuvres mais à la différence notoire qu’elles passent en second plan de l’histoire. Mieux : elles sont utiles à la compréhension des personnages et au développement d’une forme d’empathie à leur égard. Elles ne sont pas aussi centrales que dans sa trilogie. Même en audio et même avec 15 ans de plus j’ai été happée par Les charmes discrets de la vie conjugale. Je suis montée sur les montagnes russes de la vie aux côtés de Hannah, j’ai vécu comme elle la passion, la trahison, la peur et tout ce qui rythme son quotidien de femme mariée, banale, d’Américaine moyenne. J’ai retrouvé cette effervescence que j’avais connue avec la version papier, je suis restée pendue des jours durant aux lèvres de la narratrice, Julie Pouillon, excellente par ailleurs.

Les premiers romans de Kenndy prennent le temps de planter un décor dans lequel on se sent bien puis d’enchaîner les événements, la descente aux enfers, le tourbillon des révélations, les errements et faux-semblants. Les rebondissements et le suspense ne faiblissent jamais. A chaque fois la même impression de vivre le livre et d’être tour à tour heureux puis inquiet pour les personnages.  Pour moi Kennedy a toujours été un grand romancier même si beaucoup l’ont boudé, à commencer par les lecteurs de son propre pays. Pour moi, quelqu’un qui était capable de raconter de telles histoires et de se mettre aussi bien à la place des femmes ne méritait que ma reconnaissance de lectrice. Mais peu à peu son œuvre s’est appauvrie. Non pas en références politiques et culturelles, bien au contraire : moins il avait d’inspirations romanesques plus il avait de convictions à afficher. Le problème c’est que je me suis habituée à lire cet auteur pour les émotions qu’il parvenait à transmettre, pour l’évasion qu’il m’offrait et non pour connaitre ses arguments en faveur des démocrates. Je n’ai pas envie de lire le tract d’un candidat aux élections américaines. Je n’ai pas envie d’être convaincue par ses propos, d’abord parce que je le suis de nature et ensuite parce que ça n’est ni le lieu, ni le moment. Douglas Kennedy est-il aujourd’hui à ce point obsédé par la politique pour ne plus parvenir à imaginer une belle histoire ? Ses convictions parasitent-elles désormais son imagination de romancier ? Comment est-il possible que l’histoire soit devenue à ce point secondaire dans ses dernières oeuvres ? Et qui a eu l’idée mercantile de sortir trois tomes d’une histoire qui aurait peut-être été bonne si elle avait tenue dans quelques centaines de pages seulement ? Si Kennedy n’a plus envie d’émouvoir la lectrice de moins de 50 ans, qu’il l’assume et le dise clairement.

Mais même si je reste très fâchée contre le Kennedy d’aujourd’hui, je remercie infiniment celui d’hier d’être parvenu une fois de plus à me faire plonger dans le grand bain. Si vous n’avez jamais lu Kennedy ou si vous avez commencé par les plus récents et en avait été déçus, je ne peux que vous encourager à lire ses premières œuvres. Vous verrez, on ne joue pas du tout dans la même cour… Quant à moi, je vais continuer à guetter la sortie audio de ses premiers titres. Je me referais bien un petit tour de Ned Allen, d’Une relation dangereuse ou de L’homme qui voulait vivre sa vie…


L’ESSENTIEL

Couverture des Charmes discrets de la vie conjugale de Douglas Kennedy

Couverture des Charmes discrets de la vie conjugale de Douglas Kennedy

Les charmes discrets de la vie conjugale
Douglas KENNEDY
Editions Belfond en GF, Pocket en poche et Lizzie en audio
Sorti le 06/10/2005 en GF, le 02/12/2009 en poche et le 14/03/2019 en audio
608 pages (15h54 d’écoute)

Genre : roman américain à suspense
Personnages : Hannah Buchan, son mari Dan et ses enfants Jeffrey et Lizzie
Plaisir de lecture : ❤❤❤❤❤
Recommandation : oui
Lectures complémentaires : La poursuite du bonheur et Les désarrois de Ned Allen du même auteur

 

RÉSUMÉ DE L’ÉDITEUR

Le bonheur, Hannah l’a trouvé. Épouse de médecin, mère de famille, c’est une femme comblée. Le gentil garçon, rencontré à l’université et épousé au mépris de ses parents, s’est révélé un mari parfait.

Sa route a pourtant dévié, l’espace d’une nuit, des années auparavant. Celle qui sut passer entre les gouttes de la contestation politique des années 1970 se voit accusée aujourd’hui des agissements les plus subversifs. Alors qu’elle observe son existence sombrer dans l’anarchie, Hannah va prendre les armes…


TOUJOURS PAS CONVAINCU ?

3 raisons de lire Les charmes discrets de la vie conjugale

  1. Si vous cherchez un pavé à dévorer
  2. Si vous aimez les histoires aux multiples rebondissements et au suspense constant
  3. Si vous aimez les destins de femmes en apparence quelconques

3 raisons de ne pas lire Les charmes discrets de la vie conjugale

  1. Si la politique vous barbe et encore plus la politique américaine
  2. Si le côté un peu intello branché qui vous arrose de citations ça vous barbe également
  3. Si le roman qui verse vers le thriller domestique ça n’est pas votre genre
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