J’ai mis longtemps à comprendre pourquoi j’aimais cette lecture. J’ai été dérangée à l’idée d’apprécier ce que je lisais alors même que les mots décrivaient l’indicible et puis j’ai fini par contre ce qui me plaisait dans Mon père et ce qui rendait ce texte nécessaire.

Mon père de Grégoire Delacourt (éditions audio Audiolib)

Mon père de Grégoire Delacourt (éditions audio Audiolib)

En se rendant à l’église où officie le prêtre qui a violé son fils, Edouard est bouffi de colère, la rage lui sert le coeur. Il veut entendre de la bouche même de ce pédophile en soutane, les sévices qu’il a fait endurer à Benjamin. Il veut entendre l’horreur, l’innommable, l’abject. Il a besoin que les mots jaillissent de cette bouche qui s’est posée sans autorisation sur son fils, cette bouche qui l’a sali. Il veut connaître jusqu’au moindre détail pour tordre le cou à son imagination, pour qu’elle ne puisse plus le torturer. Il a besoin de savoir ce qui s’est réellement passé, vider cet abcès purulent pour pouvoir enfin soigner son enfant et s’apaiser lui-même.

Dire que ce livre est dur n’a pas de sens. On est confronté à ce qu’aucune oreille n’est censée entendre et encore moins celle d’un père. Ce déballage est évidemment sordide mais on comprend sa nécessité et pour la victime et pour le bourreau. Dire plutôt que cacher c’est la seule manière de reconnaître à la victime sa position et son préjudice. Dire plutôt que cacher, c’est la seule manière de mettre un terme à ces agissements, de faire tomber une institution qui protège les bourreaux au détriment de leurs victimes. Dire plutôt que cacher c’est aussi la seule manière de pouvoir demander pardon et de pardonner.

Pendant l’écoute de ce roman, je me suis demandée ce qui pouvait pousser un écrivain à poser sur le papier des scènes aussi nauséabondes et un lecteur à se délecter de cette fange. Et puis j’ai compris toute la puissance de la parole face à de tels actes et puis j’ai imaginé comment, à partir de là on pouvait avancer vers une reconstruction. Et puis j’ai compris pourquoi j’avais lu et aimé Mon père.

Blasphème ! Blasphème ! Je devrais te laver la langue à la paille de fer. Je t’interdis de dire de telles horreurs, Édouard. C’est pire qu’un péché. C’est une profanation. Agenouille-toi. Implore Son pardon. Comment peux-tu parler ainsi ? Prêter le flanc aux impies, aux apostats qui veulent la chute de notre Église. Il y a déjà assez de fétidités sur Terre pour que tu en rajoutes avec tes mensonges. Comment peux-tu imaginer une seule seconde que l’abbé qui m’a accompagnée lorsque ton père se mourait, qui a été là pour moi ensuite, qui est devenu un ami, qui s’est occupé de Benjamin au catéchisme, qui a pris soin de tant d’autres petits, un homme pieux, délicat, et tellement cultivé, comment peux-tu l’accuser de telles immondices ? Les enfants racontent souvent n’importe quoi pour se rendre intéressants.


L’ESSENTIEL

Couverture Mon père de Grégoire Delacourt

Couverture Mon père de Grégoire Delacourt

Mon père
Grégoire DELACOURT
Editions JC Lattès
Sorti en GF le 20/02/2019
256 pages (3h23 d’écoute)
Lu par Simon Duprez

Genre : roman social
Personnages : Edouard, le père de Benjamin
Plaisir de lecture : ❤❤❤❤
Recommandation : oui
Lecture complémentaire : Les 7 jours du talion de Patrick Sénécal, Un fils parfait de Mathieu Menegaux, Les démoniaques de Mattias Köping, My absolute darling de Gabriel Tallent

 

RESUME DE L’EDITEUR

« Je me suis toujours demandé ce que je ferais si quelqu’un attentait à l’un de mes enfants. Quel père alors je serais. Quelle force, quelle faiblesse. Et tandis que je cherchais la réponse, une autre question a surgi : sommes-nous capables de protéger nos fils ? » G.D.

Après La Liste de mes envies et On ne voyait que le bonheur, Grégoire Delacourt nous interroge avec force sur notre propre humanité à travers un huis-clos saisissant, au cœur d’une église, entre un père et l’agresseur de son fils.


TOUJOURS PAS CONVAINCU ?

3 raisons de lire Mon père

  1. Pour l’intensité du propos
  2. Parce qu’une telle histoire ne devrait exister que dans la fiction
  3. Parce que ce roman vous fera passer par une myriade de sentiments

3 raisons de ne pas lire Mon père

  1. Si lire une histoire terriblement dure est au-dessus de vos forces
  2. Si les romans qui traitent de faits de société ne vous attirent pas
  3. Si vous ne trouvez aucun intérêt ou plaisir à vous imaginer à la place des victimes, à ressentir leurs émotions

 

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