C’est l’histoire d’un intérimaire dans l’agro-alimentaire, un ouvrier à la chaîne qui s’échine et qui s’esquinte tout en pensant à sa vie d’avant faite d’érudition. C’est l’esprit mis au service du corps pour raconter ce que c’est qu’une vie à pointer et à enchaîner des gestes anodins, à trouver du sens dans l’insignifiance.

A la ligne de Joseph Ponthus (éditions audio Gallimard)

A la ligne de Joseph Ponthus (éditions audio Gallimard)

Chaque jour il se lève, boit son café et fume sa clope en rêvant secrètement à l’heure de la débauche.

Chaque jour il pousse des carcasses, cuit des bulots, égoutte du tofu, charrie des caisses de crevettes dans un balai incessant de gestes, toujours les mêmes, toujours dans le même ordre.

Chaque jour il attend la pause, cette foutue pause, point d’orgue de sa journée mais qui ne doit pas arriver trop tôt, ni trop tard sous peine de la foutre en l’air sa satanée journée.

Chaque jour il apprécie ces petits riens, ces tout petits riens qui vont rendre son boulot un peu moins ou encore plus pénible.

Chaque jour il observe ceux qui font et ceux qui font faire, ces chefs qui ne servent à rien et ces commerciaux juste bons à lui flinguer sa cadence.

Chaque jour il se rassure, se réconforte en se disant que tout va bien puisqu’il a une femme qu’il aime, du travail et une paye à la fin du mois.

Chaque jour il se dit qu’il s’en tamponne de toute cette barbaque, de ces cons de bulots et de ce tofu détrempé, le seul truc qui l’intéresse au fond c’est le montant de son prochain chèque.

Chaque jour il lutte pour rester lui-même, pour conserver cette part d’humanité qu’un travail à la chaîne annihile petit à petit

 

– Ça caille vraiment dans l’usine
– C’est une usine de poissons frais donc vaut mieux oui
– Mais j’ai trois paires de gants et les mains gelées
– …
– Tu crois que je peux demander au chef si on peut mettre de l’eau chaude dans les bacs de poisson où il y a de la glace comme ça ce sera mieux pour travailler »

Ce brave homme ne semble pas avoir inventé le liquide qu’il désire sur son poisson.

 

Chaque jour il se réfugie dans son savoir et ses connaissances, se rappelle les textes de Trenet ou d’Apollinaire pour oublier ce dos qui tiraille, ce pied endolori et cette sciatique qui le menace.

Chaque jour il observe et admire ceux qui autour de lui assurent le boulot, font marcher l’usine, ces intérimaires, ces prolétaires, ces gens de rien qui font tout.

A la ligne ce sont des pensées jetées sur le papier, un texte émouvant, sincère et fier, un hommage à tous ces ouvriers qui par leur courage font tourner le monde. C’est aussi une déclaration d’amour pour celle qui est à l’origine de tant de sacrifices et qui l’aide à tenir jour après jour. Parce qu’après tout, l’usine c’est pas le bagne quand on a l’essentiel.


L’ESSENTIEL

Couverture de A la ligne : Feuillets d'usine de Joseph Ponthus

Couverture de A la ligne : Feuillets d’usine de Joseph Ponthus

A la ligne : feuillets d’usine
Joseph PONTHUS
Editions La Table Ronde et Gallimard en audio
Sorti le 03/01/2019
272 pages (3h10 d’écoute)
Lu par Jacques Bonnaffé

 

Genre : roman social
Plaisir de lecture : ❤❤❤❤
Personnages : la marquise de Fontenilles, la comtesse de Raezal, la jeune Constance d’Estingel et la duchesse d’Alençon, Laszlo de Nérac
Recommandation : oui
Lectures complémentaires : Goldman sucks de Pascal Grégoire, Madame d’Alix Laine, Les actes de Cécile Guidot

 

RÉSUMÉ DE L’ÉDITEUR

A la ligne est le premier roman de Joseph Ponthus. C’est l’histoire d’un ouvrier intérimaire qui embauche dans les conserveries de poissons et les abattoirs bretons. Jour après jour, il inventorie avec une infinie précision les gestes du travail à la ligne, le bruit, la fatigue, les rêves confisqués dans la répétition de rituels épuisants, la souffrance du corps. Ce qui le sauve, c’est qu’il a eu une autre vie. Il connaît les auteurs latins, il a vibré avec Dumas, il sait les poèmes d’Apollinaire et les chansons de Trenet. C’est sa victoire provisoire contre tout ce qui fait mal, tout ce qui aliène. Et, en allant à la ligne, on trouvera dans les blancs du texte la femme aimée, le bonheur dominical, le chien Pok Pok, l’odeur de la mer. Par la magie d’une écriture tour à tour distanciée, coléreuse, drôle, fraternelle, la vie ouvrière devient une odyssée où Ulysse combat des carcasses de boeufs et des tonnes de bulots comme autant de cyclopes.


TOUJOURS PAS CONVAINCU ?

3 raisons de lire A la ligne

  1. Si vous aimez les romans sur la société
  2. Si vous avez développé un sens critique sur le monde du travail
  3. Si vous avez envie de lire un roman qui parle enfin des oubliés, des invisibles

3 raisons de ne pas lire A la ligne

  1. Si vous avez assez de votre boulot pour ne pas encore lire les histoires de boulot des autres
  2. Si l’écriture poétique vous rebute
  3. Si vous attendez de la littérature qu’elle vous fasse voyager vers un ailleurs exotique

 

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