Satire de la vie en entreprise, de la vie en couple et finalement de la vie tout court, Métadata pose un regard espiègle sur nos journées souvent pleines de vide et vides de sens. C’est en tout cas ce à quoi ressemble le quotidien de François Martinez, expert support au sein de la DSI d’un grand groupe.

Métadata de Charles Roquin (Most éditions)

Métadata de Charles Roquin (Most éditions)

Fidèle à l’image d’Epinal qui colle aux basques des informaticiens, François a l’étoffe d’un antihéros, solitaire et introverti, l’archétype du mec insignifiant au charisme planqué au fond des chaussettes. Sa vie se résume à résoudre les tickets incidents de ses collègues et à trouver une autre âme esseulée avec laquelle déjeuner à la cantine. François est lucide, il sait qu’il passe pour un looser auprès de son beau-père comme auprès des cols blancs de son entreprise alors, perdu pour perdu, autant tenter un coup d’esbroufe. Sans crier gare, notre pauvre bougre s’invente une expertise pointue en métadonnées, affiche des avis tranchés sur des sujets de haut vol pour impressionner son auditoire et clouer le bec à ceux qui jouent les cadors. Tel un phénix qui renaît de ses cendres, François fait de l’esprit, joue des coudes et crée sa place dans ce monde qui l’entoure et dont il doit vite apprendre à maîtriser les codes s’il ne veut pas se retrouver dans des situations totalement rocambolesques… Oups, trop tard !

Il y a également un sondage demandant aux lecteurs du Figaro s’ils condamnent les derniers propos de Trump au sujet des migrants mexicains. Je réponds « oui » par principe, sans connaître lesdits propos, et découvre qu’à ma différence 80 % des votants les approuvent – ils ne devaient pas être si choquants.

Métadata manie le cynisme avec légèreté. Ca pétille, c’est enlevé, c’est frais et drôle. Loin de plomber l’ambiance il nous amène à réfléchir à notre propre rapport au travail et à la vie en général. Une réflexion depuis longtemps entamée chez moi et sur le point de déboucher sur de grands changements, c’est peut-être pour cela que ce roman qui ne respecte aucun code ni formalisme m’a autant plu.

Quand je repense à Djerba… C’était cool, hein ?
Dans le mille. En évoquant le séminaire où nous avons sympathisé, il choisit un thème large et agréable, parfait pour ranimer la discussion. En réalité on se faisait tous les deux chier au bord de la piscine pendant que nos collègues se livraient à une frénésie de divertissements. Cependant ni lui ni moi ne souhaitons présenter les choses de cette manière et, par chance, les souvenirs sont malléables. Je confirme :
– Qu’est-ce qu’on a déconné… Le karaoké… le Time’s Up géant…
Rémi abonde :
– La chasse au trésor, le jet-ski, la soirée couscous…

Un petit mot sur l’objet livre pour finir car c’est la première fois que j’ai accès à un titre de cette maison d’édition. Le travail réalisé sur la couverture tout autant que le choix du papier et le façonnage sont remarquables. J’ai terminé ce roman sans que celui-ci ne conserve le moindre stigmate de ma lecture, c’est suffisamment rare pour être souligné. Bravo à toute l’équipe !


L’ESSENTIEL

Couverture de Métadata de Charlie Roquin

Couverture de Métadata de Charlie Roquin

Métadata
Charlie ROQUIN
Most Editions
Sorti le 19/11/2020 en GF
272 pages

Genre : roman satirique
Plaisir de lecture : ❤❤❤❤
Personnages : François Martinez et sa compagne Marie
Recommandation : oui
Lectures complémentaires : L’affaire Mayerling de Bernard Quiriny, Les actes et Les volontés de Cécile Guidot, Madame d’Alix Laine, Goldman sucks de Pascal Grégoire, Organigramme de Jacques Pons et Chères toxines de Jean-Paul Jody

 

RÉSUMÉ DE L’ÉDITEUR

– Tu t’en fous, c’est ça ?
Marie tient sa fourchette devant sa bouche et me jette un regard accusateur. Elle répète :
– Ce que je dis depuis tout à l’heure : tu n’as rien écouté, tu t’en fous complètement, c’est ça ?
– Bien sûr que non, je t’écoute.
Sa fourchette reste en suspens, elle continue de se méfier.
– Et t’en penses quoi… ?

Roman distancié et drôle, Métadata pose un regard lucide et décalé sur le couple, la vie d’entreprise, la société de consommation et de surinformation.


TOUJOURS PAS CONVAINCU ?

3 raisons de lire Métadata

  1. Ca va vous changer de votre quotidien même si ça parle précisément de cela
  2. C’est assez rare de tomber sur de bons romans satiriques alors pourquoi bouder son plaisir ?
  3. C’est plus gai que ça n’en a l’air

3 raisons de ne pas lire Métadata

  1. Si vous êtes informaticien (et que vous avez laissé votre humour au vestiaire)
  2. Si pour vous le travail c’est la vie (qu’est-ce que vous faites donc là à me lire, vous n’avez pas du boulot en retard ?!)
  3. Si vous cherchez un roman construit comme un roman avec une trame romanesque, un début, un milieu et une fin où ils vécurent heureux jusqu’à la fin de leurs jours (ou pas)
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